Vainqueur expéditif hier de Nicolas Escudé au premier tour des Swiss Indoors, Jeff Tarango veut se défaire de sa réputation « imméritée » de mauvais garçon.
« Quand je suis arrivé sur le circuit professionnel, j'avais 21 ans. Et on m'a dit : "Tu es trop vieux pour réussir dans le tennis". Ça ne m'a pas empêché d'être 42e joueur mondial trois ans plus tard. Aujourd'hui, je vais avoir 30 ans, on me dit toujours que je suis trop vieux. Et ça ne m'empêche toujours pas de jouer...» Chez les Tarango de Los Angeles, on cultive une qualité de père en fils : on sait se battre pour obtenir ce qu'on veut. Le caractère, le « fighting spirit » sont inscrits dans les gênes.
« Mon père était boxeur. Il a combattu jusqu'à 35 ans, alors je me dis que je peux bien taper dans une balle jusqu'à cet âge-là. J'ai d'ailleurs appris le tennis en même temps que lui. J'avais trois ans. On a commencé par travailler notre coup droit slicé ensemble. Un super geste, très efficace...», plaisante-t-il. La main décrit une large parabole dans l'air, Jeff se rappelle ce gamin à la raquette trop grande qui donnait la répartie à un molosse californien. De son père, Jeff a appris que perdre un round ne signifie pas perdre un combat. Eliminé dimanche au dernier tour des qualifications par Ivo Heuberger, il a été repêché in extremis en raison du forfait de Mark Philippoussis. Une seconde chance ? « Parfait, s'est dit le 73e joueur mondial. Je ne voulais pas la rater. Je savais que le fait d'avoir joué les qualifs était un avantage pour moi, parce que je connaissais les balles, la surface. Pas lui.» Hier, contre Nicolas Escudé, l'Américain s'est simplement fait une frayeur alors qu'il menait 5-1 dans le second set (il a remporté le premier 6-3). Un peu fatigué pour son quatrième match en quatre jours, il a laissé Escudé revenir à 5-3, gâchant trois balles de match avant de conclure. Le résultat reste sans appel : KO technique en 55 minutes. Quel que soit son résultat au prochain tour face à Nicolas Kieffer, tombeur surprise hier de Petr Korda, Jeff Tarango a déjà réussi son tournoi. Les dollars et les points ATP engrangés font du bien. Mais surtout, l'Américain sort d'une mauvaise passe. Eliminé par son compatriote Todd Martin au premier tour de l'US Open, il est resté trois semaines chez lui à s'entraîner ferme, à attendre un coup de fil qui n'est jamais venu. « J'espérais faire partie de l'équipe de Coupe Davis en demi-finale contre l'Italie. Mais je n'ai pas été retenu. J'ai regardé le match à la télé, c'était dur. Mais il faut reconnaître que les Italiens étaient meilleurs...»
« CALIFORNIA BOY »
Bien sûr, le fait d'avoir été mis sur la touche a été dur à accepter. Mais Jeff en a vu d'autres, plus vertes encore. En 1995, il est mis à la porte de Wimbledon pour avoir pris à partie en plein match Bruno Rebeuh, l'arbitre international français, qu'il accuse de tricherie (1). Dès lors, la réputation de mauvais garçon ne le quittera plus. « C'est une image imméritée qu'on m'a collé en Europe, se défend-il. Honnêtement, je crois que je suis un mec bien, que je fais de mon mieux sur le circuit. Bon, c'est sûr, j'ai mon caractère, et je ne serai jamais un gars calme sur le terrain. Pour une raison simple : la qualité de mon jeu en dépend ». Cette réputation l'agace d'autant plus qu'il a de solides attaches sur le Vieux Continent. Sa femme, Bénédicte, est Française. « Elle essaie d'ailleurs de me convaincre de m'installer définitivement en France. Mais elle le savait quand on s'est mariés : j'aime ce pays, mais je suis avant tout un "California boy". Je ne pourrai pas vivre longtemps loin de Los Angeles ». Cela ne l'a pas empêché, l'an dernier, de disputer durant le mois de novembre les interclubs de N1A avec Levallois. La joute entre le Sénégalais du TC Illberg Yahiya Doumbia et l'Américain avait d'ailleurs failli se régler aux poings. Cette année, Levallois est encore dans le groupe des Mulhousiens, mais pas Jeff Tarango. « Avec moi, l'an dernier, Levallois a fait une saison miraculeuse. On a notamment battu Rennes en demi-finale. Alors cette année, comme ils ont plus d'argent, j'ai demandé une augmentation de 10%. Normal, non ? Mais ils ont refusé. Alors je leur ai dit : "OK, si vous préférez vous battre pour la 6e place..."» Chez les Tarango, on sait ce qu'on veut. Et aussi à quel prix on peut l'obtenir.
(1) L'année dernière lors de ce même tournoi de Bâle, l'arbitre français aurait dû officier mais avait été mis sur la touche en dernière minute en raison du différend qui l'opposait à Tarango. Rebeuh était même venu en Suisse mais l'Américain avait obtenu son départ.
AUJOURD'HUI
Court central : à partir de 12 h : Greg Rusedski - Axel Pretzsch ; 14 h : Ivo Heuberger - Jérôme Golmard ; 16 h : Patrick Rafter - Daniel Vacek ; 18 h : Pete Sampras - Wayne Ferreira ; 20 h : Boris Becker - Thomas Johansson ; 22 h : Ferreira/Rafter - Norval/Ullyett. Court N.2 : à partir de 11 h : Magnus Gustafsson - Bohdan Ulihrach ; 13 h : Fabrice Santoro - Martin Damm ; 16 h : Jan Siemerink - Byron Black ; Kiefer/Rosset - Delaître/Santoro ; Kafelnikov/Vacek - Federer/Heuberger ; Carbonell/Roig - Eagle/Florent.
Jeff Tarango, tombeur de Nicolas Escudé, hier à Bâle : « Honnêtement, je crois que je suis un mec bien, que je fais de mon mieux sur le circuit. Bon, c'est sûr, j'ai mon caractère, et je ne serai jamais un gars calme sur le terrain. Pour une raison simple : la qualité de mon jeu en dépend ».
(Photo « L'ALSACE » - Darek Szuster)











