La destruction partielle au bulldozer de tombes datant du néolithique, à Rosheim, a provoqué deux plaintes et mis en lumière certaines tensions.
Le procureur de Saverne vient de recevoir un rapport des gendarmes de Rosheim après deux plaintes déposées en juin par le préfet du Bas-Rhin, Patrice Magnier, pour destruction de site archéologique et fouilles clandestines. En cause, la destruction de tombes du néolithique dans la zone d'activités du Rosenmeer, à l'entrée de Rosheim.
DRAC NON AVERTIE
Contrairement à ce qui aurait dû être fait, la DRAC (Direction des affaires culturelles) n'a pas été avertie ce printemps qu'une entreprise avait bénéficié d'un permis de construire dans la zone du Rosenmeer, signé par le maire de Rosheim Alphonse Troestler. La DRAC n'a ainsi pas su, mi-avril, que celle-ci allait faire décaper le terrain qu'elle était en train d'acquérir auprès de la commune. Des travaux préparatoires à la construction de hangars, et réalisés plus tôt qu'on ne le pensait à la mairie. « Regrettable incident, bien sûr, dû à une accumulation de circonstances. Mais seule une petite partie de la nécropole a été touchée. Il doit rester une cinquantaine de tombes intactes », estime en résumé le maire, lui-même membre d'une association d'archéologues amateurs et dont les amis soulignent « l'intérêt qu'il a souvent manifesté pour le patrimoine ».
VIF ÉMOI
A la suite de quel dysfonctionnement administratif la DRAC n'a-t-elle pas été prévenue ? En tout cas, le passage du bulldozer a provoqué d'irrémédiables dégâts. Il a aussi provoqué un vif émoi chez les archéologues, à la Direction régionale des affaires culturelles. Ils parlent de « la destruction totale de 10 à 20 tombes et partielle d'une dizaine d'autres ». Du côté de la mairie de Rosheim, on compte « une dizaine de tombes détruites ». Les archéologues estiment que l'on a décapité un site « qui était d'intérêt majeur au niveau européen et qui ne l'est plus. Car l'étude du site en totalité aurait permis une connaissance approfondie de toute la communauté qui vivait là vers -4800 av. J.C. Or, des archéologues en Europe sont intéressés par la rare nécropole du Rosenmeer». « Le site a sans doute déjà été touché au début du siècle lors de la construction de la voie ferrée, juste derrière la parcelle en cause », pense-t-on à la mairie. « Et les tombes sont situées à 80 cm ou 1 m de profondeur seulement, en un lieu qui a été cultivé des dizaines d'années ». La DRAC déplore aussi qu'un archéologue amateur ait fouillé le site mis au jour par le bulldozer, « et sur une durée de trois semaines!» au moment des congés de Pâques. D'où la plainte pour fouilles clandestines.
GOÛT AMER
C'est que l'accusation repose sur des faits patents : il y a eu fouille sur un site protégé. Mais la plainte a un goût amer, à Rosheim : « Pour le Rosenmeer, le bénévole en question a sauvé tout le matériel (les objets découverts) d'une demi-douzaine de tombes mises au jour, matériel qui a été remis à la DRAC ; c'est lui qui a alerté le maire, lequel a fait stopper le chantier et averti la DRAC ». Bien tard, déplore celle-ci. En tout cas, le bulldozer du Rosenmeer a mis en lumière des tensions. D'aucuns à Rosheim voient par exemple dans l'attitude de certains archéologues de la sphère officielle une volonté d'éliminer les amateurs. « Or sans ceux-ci, qu'en est-il de la sensibilisation de la population ? L'amateur mis en cause au Rosenmeer ? C'est lui qui a découvert par le passé le "site exceptionnel" (disent les spécialistes) du lotissement Sainte-Odile, sur les hauteurs du village. Il a réalisé des expos, des animations, en liaison avec la DRAC, d'ailleurs». « A Rosheim, cela fait bien vingt ans qu'on fouille », complète le maire. « C'est le premier incident. Les municipalités successives ont été très ouvertes, et les bénévoles aussi ». Reste en tout cas à savoir ce que vont devenir les plaintes. En attendant, et depuis Pâques, le chantier est bloqué.
Au Rosenmeer, à l'entrée de Rosheim, le site décapé au bulldozer et où l'on avait commencé à déverser des débris de construction (et autres) avant de construire est gelé depuis le printemps.











