Didier Decoin a adapté Monte-Cristo en pensant à Gérard Depardieu. Onze millions de téléspectateurs ont craqué en attendant de retrouver Gérard Valjean, Gérard Quasimodo ou Honoré Depardieu-de Balzac.
S'attaquer à Dumas et, surtout, au Comte de Monte-Cristo c'était un formidable pari pour l'écrivain.
Ça a été surtout un formidable enthousiasme. Je ne dirai pas que Dumas est mon maître à penser -je n'en ai pas qu'un- mais il a scandé beaucoup des âges de ma vie. Je suis quelqu'un pour qui la lecture doit être d'abord un plaisir et Dumas me fait énormément plaisir.
Un plaisir que vous avez eu envie de transmettre au spectateur ?
C'est le but que toute l'équipe a partagé. Il ne s'agissait pas du tout de donner une leçon de littérature ni de se « prendre la tête », en faisant une lecture psycho-intello de Dumas. Il s'agissait de trouver dans le livre ce qu'il y a de fort et de généreux. Nous avions une idée derrière la tête : que Dumas, même mort, donne du plaisir aux téléspectateurs.
DONNER DE LA JEUNESSE AUX OEUVRES
Certains n'ont pas compris votre démarche.
C'est à la fois bénin et plus grave. Ce sont des gens qui, visiblement, n'ont jamais regardé une adaptation au cinéma ou à la télévision. Le mot adaptateur explique tout. Un scénario, une adaptation n'est pas le simple « collage » d'un livre. Le vrai travail de l'adaptateur réside dans les changements. Il n'y a pas une seule oeuvre qui n'ait pas été revisitée. Même au théâtre aujourd'hui, quand un metteur en scène reprend une pièce de Molière ou de Shakespeare, il la réadapte. C'est ce qui donne de la jeunesse aux oeuvres. Dans Monte-Cristo, il y a avait deux écueils et, en étant très poli, il faut être « cornichon » pour ne pas les voir : Gérard Depardieu n'a pas vingt ans et faire l'histoire du jeune Edmond Dantès à Marseille avec un acteur de 45 ans, c'est matériellement impossible. Il fallait donc, d'emblée dire que tout ce qui concernait les années de jeunesse du héros, on ne pouvait le faire. Ou alors on ne faisait pas le fils avec Depardieu. Le but du « paquet cadeau » c'était d'offrir quatre fois Depardieu. J'ajoute que je me sens très proche de Dumas et que ce livre est sûrement l'un des plus personnels de cet auteur, sans aller jusqu'à Flaubert hurlant, « Madame Bovary c'est moi!» On n'a jamais été aussi près du Monte-Cristo de Dumas qu'avec cette adaptation.
Est-ce que Depardieu correspond au Dantès que Didier Decoin imaginait dans ses lectures de jeunesse ?
Il y correspond tellement que si ça n'avait pas été lui, je n'aurais pas entrepris cette aventure, car, contrairement à certains de mes critiques, j'ai lu l'oeuvre de Dumas. Dès les premières pages, Edmond Dantès est décrit comme un marin du milieu du XIXe. C'est plus un personnage à la Conrad ou à la Melville qu'un homme de salon. Quand Josée Dayan m'a dit : « Tu veux adapter Monte-Cristo pour Depardieu?», je n'ai pas hésité le quart d'un poil de coccinelle : je l'avais toujours vu comme ça.
UNE BOSSE INTÉRIEURE PLUS QU'EXTÉRIEURE
J'ai l'impression qu'une grande histoire d'amour vient de démarrer entre Depardieu et vous.Vous vous attaquez à tous les « monstres » de la littérature !
Le tournage de Balzac commence le 12 octobre. L'été prochain, on tournera Les Misérables et, après, Notre-Dame de Paris et ce par la volonté de Gérard. Il fera un Jean Valjean époustouflant et un Quasimodo qui ne sera pas un monstre. Moi, la bosse de Quasimodo, je la vois plus intérieure qu'extérieure. Je pense que Notre-Dame de Paris, entre la petite Bohémienne Esmeralda et le supposé difforme Quasimodo, c'est, d'abord, un grand roman contre l'exclusion, bien plus qu'une simple histoire de bossu. Quand on relit Notre-Dame, il y a une sorte de préscience de notre société d'aujourd'hui. Le chef des archers représente la société organisée, hiérarchisée et à côté, on trouve deux fous furieux adorables, Quasimodo et Esmeralda qui sont des marginaux absolus, des SDF qui sont aussi tout ce qui nous fait peur et nous émeut.
Vous avez une tendresse pour les exclus, les révoltés, non ?
Ils vivent. On est tous dans nos coquilles, même si on est correctement logés avec une voiture et quatre pneus, nous sommes tous des migrants. Je me sens totalement migrant, ma patrie n'est probablement pas sur la Terre.
Gérard Depardieu et Ornella Mutti dans Monte-Cristo.
(Photo TF1 - Dominique Maestracci)











