La Mutuelle nationale des étudiants de France, qui fête cette année ses cinquante ans, est actuellement l'objet de multiples mises en cause. Sa gestion est dans le collimateur de la justice.
ASSIMILÉE à une « nébuleuse administrative », la MNEF, Mutuelle nationale des étudiants de France, entre dans une zone de fortes turbulences, qui pourraient bien faire trembler tout l'édifice.
Une information judicaire pour « faux, usage de faux, abus de confiance » et « prise et conservation illégale d'intérêt » a été ouverte la semaine dernière par le parquet de Paris et une enquête préliminaire sur la gestion de l'organisme a été confiée à la brigade financière. Ces décisions ont fait suite à un rapport de la Cour des comptes. Le document met en cause la MNEF et ses ramifications à but lucratif, notamment trois sociétés sous-traitantes, qui bénéficiraient d'un quasi-monopole pour la communication et les travaux d'impression de la Mutuelle, à des tarifs jugés excessifs.
« POUPONNIÈRE DU PS »
La MNEF est également taxée d'avoir des liens « trop privilégiés » avec le Parti socialiste, d'en être la« pouponnière » et même de l'avoir financé. Tout cela a amené Olivier Spithakis, directeur général depuis quinze ans, à démissionner. Contesté au sein même de l'organisme mutualiste, il récuse les faits reprochés, déclare que la gestion est saine, que la constitution de filiales est normale et affirme que jamais la MNEF n'a financé le PS ou tout autre parti. Sa démission doit, selon lui, « dépassionner le débat » et « contribuer au retour à une nécessaire sérénité ». Un nouveau témoignage publié hier dans le journal « Aujourd'hui-Le Parisien » a à nouveau jeté de l'huile sur le feu. La Mutuelle a contre-attaqué, en rassemblant un comité d'entreprise et en annonçant son intention de poursuivre en diffamation le quotidien et l'ancienne collaboratrice d'Olivier Spithakis interviewée. Quoiqu'il en soit, tous ces remous autour de la première mutuelle étudiante française ont pris une dimension politique et pourraient gêner quelques barons du Parti socialiste, anciens cadres de la MNEF. L'actuel numéro deux du parti, Jean-Christophe Cambadélis, et le patron de la puissante fédération de Paris du PS, Jean-Marie Le Guen, notamment, ont occupé des postes de responsabilité au sein de la Mutuelle. Jean Glavany, secrétaire national du PS à l'Emploi, a déclaré hier que « le Parti socialiste n'avait rien à craindre ». « Depuis que les lois sur le financement des partis politiques existent, le PS respecte scrupuleusement cette législation », a-t-il précisé.
ADMINISTRATEUR PROVISOIRE
De l'autre côté de l'échiquier politique, le député RPR de Haute-Savoie, Bernard Accoyer, a fait hier une proposition de loi rendant obligatoire la publication du rapport annuel de la Commission de contrôle des mutuelles et institutions de prévoyance, une autorité administrative qui a en charge de contrôler la protection sociale facultative. Un autre député RPR avait demandé la semaine dernière la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la gestion de la MNEF et ses filiales. Quant aux représentants syndicaux des personnels de la MNEF, ils ont demandé, hier à l'issue de la réunion du comité d'entreprise et à l'approche d'élections pour renouveler les instances nationales, la désignation d'un administrateur provisoire. Les organisations étudiantes minoritaires appelaient également de leurs voeux cette nomination. Les syndicats ont rappelé que « la MNEF appartient aux étudiants et aux salariés », avant d'ajouter : « Les accusations lancées aujourd'hui à son encontre visent un certain nombre de dirigeants et non pas celle-ci en tant qu'institution ». L'ouverture de l'information judiciaire et tout le tohu-bohu qui l'entoure tombent à un mauvais moment pour l'organisme mutualiste. La rentrée universitaire approche. C'est la période où la MNEF fait le plein d'adhérents. Effrayés par ce grand déballage, un certain nombre d'étudiants pourrraient se tourner vers d'autres mutuelles. Dans le domaine de la Sécurité sociale étudiante, le monopole n'existe pas.
Olivier Spithakis, le directeur général de la MNEF, a confirmé son départ à la fin du mois, hier lors du comité d'entreprise.
(Photo AFP)











