La plaisance a un tel vent en poupe autour de la capitale alsacienne que l'on commence à se bousculer au fil de l'eau...
Le port de plaisance du Heyritz à Strasbourg, en face de l'hôpital civil, est une nouvelle fois surpassé par le trafic des bateaux et au bord de la saturation. Strasbourg, huitième port fluvial commercial français, n'offre pas de structure équivalente pour la navigation de plaisance. Les possibilités d'accueil sont en effet assez sommaires et surtout très insuffisantes car le tourisme fluvial connaît depuis quelques années une progression rapide que les maigres capacités de stationnement de la ville ne permettent pas d'absorber. Le trafic a augmenté de 2 % sur le réseau de l'Est de la France entre 1996 et 1997, dont 5 % pour Strasbourg seulement. « Le gros handicap de Strasbourg est qu'il n'y a pas véritablement de port de plaisance, note René Hanet, contrôleur principal des travaux publics de l'Etat pour Strasbourg. On a envisagé un aménagement quai des Pêcheurs mais c'est au coeur du secteur sauvegardé de la ville ».
PERMIS DE CONDUIRE SUFFISANT
Un projet de restructuration du Heyritz est en cours, pour y installer un port de plaisance. Les travaux sont cependant loin d'être amorcés. Ils dépendent en effet de la réalisation des « Fronts de Neudorf » - vaste programme d'aménagement de la place de l'Etoile et de l'axe Strasbourg-Kehl- et il n'existe pas encore de calendrier précis. C'est la facilité avec laquelle il est possible de louer un bateau qui est en grande partie responsable de l'essor considérable de ce loisir et de l'engorgement qui en découle. Pour devenir heureux locataire d'un bateau de plaisance, il suffitd'avoir son permis de conduire puis de suivre une formation accélérée d'une heure ou deux afin d'obtenir un permis de navigation. La plaisance est donc largement ouverte à la consommation pour qui est en mesure de satisfaire aux tarifs proposés. La location d'un bateau coûte en effet de 3 000 à 18 000 francs pour une semaine selon la taille du bateau, le nombre de personnes, et la société de location choisie. Le pavillon français est majoritaire sur les voies d'eau de la Direction régionale. Cela est en partie dû à la présence de plus de 200 bateaux nolisés -c'est-à-dire loués- sur ces canaux, la clientèle des plaisanciers se trouvant à bord étant internationale. Les Allemands viennent en deuxième position, puis ce sont les Suisses et les Hollandais. Exploitant les facilités de location, les sociétés prolifèrent et ne cessent d'augmenter leur flotte. Celle de la société Crown Blue Line, par exemple, est passée de 35 à 50 bateaux entre 1990 et 1995. De nouvelles entreprises de location sont apparues au sein de la Direction régionale, comme Nicol's, Aquanaut, Bleu marine ou encore Aquavac. De 1990 à 1995, la flotte globale des sociétés de location a augmenté de 63%.
LES TOURISTES DES CANAUX
Les voies d'eau voient cohabiter les locataires de bateaux avec les plaisanciers « professionnels », qui vivent sur l'eau. Les bateaux que l'on croise à Strasbourg comme ailleurs constituent en effet pour beaucoup d'entre leurs propriétaires une véritable résidence secondaire. Mr Coor, citoyen américain retraité, vient ainsi depuis 1993 sillonner avec sa femme les canaux européens quatre mois par an. Tous deux retrouvent d'une année à l'autre leurs compagnons de voie d'eau et Mr Coor précise : « il ne s'agit que de plaisanciers professionnels, pour l'essentiel des couples retraités. Il faut avoir en effet le temps de s'occuper du bateau et de passer plusieurs mois sur l'eau.» L'amateurisme de beaucoup de ces touristes fait qu'ils n'ont pas accès à plusieurs canaux du centre-ville. « Entre l'écluse de la terrasse panoramique et le pont Saint-Guillaume, explique René Hanet, les bateaux nolisés ont l'interdiction de passer. Cela augmenterait trop le trafic et le courant sous la terrasse est assez important. Il est arrivé plusieurs fois que des bateaux s'y retrouvent bloqués». Il faudra attendre quelques années pour que les plaisanciers soient enfin à leur aise à Strasbourg.
Il est très facile de louer un bateau, pour peu qu'on en ait les moyens...
(Photo « L'ALSACE » - Gwénael Knichel)











