Jean-Louis Racoillet construit, dirige et manipule les petits acteurs de la troupe de l'Atelier du Sous-sol.
GUEULE de bois, oeil de verre, cheveux artificiels. Les marionnettes de Jean-Louis Racoillet sont toutes désarticulées dans leur malle. Le spectacle terminé, c'est là que la troupe « d'acteurs sans revendication » de l'Atelier du Sous-Sol se retrouve. A les voir ainsi pliés et sans vie, il est difficile de croire le metteur en scène, quand il assure être un défenseur du spectacle vivant. Une fois sur les planches du petit théâtre de guignol, les marionnettes, et leur manipulateur, qui ne se cache pas, donnent un vrai spectacle. Les enfants sont ravis. Qu'importe les fils et le monsieur à moustache derrière le rideau, ils ne voient qu'elles. Elles bougent, arpentent la scène, elles crient, elles rient, racontent des bêtises, dialoguent avec le public. Il y en même qui savent peindre ! « Il leur arrive de prendre des libertés, de parler toutes seules. Parfois, je me demande si ce ne sont pas elles qui me manipulent » confie Jean-Louis Racoillet, qui leur prête sa voix aux mille accents. Le marchand de rêves, comme il se définit, se laisse aussi prendre à son propre jeu.
VRAIE RENCONTRE
Il y a dix ans encore, les marionnettes n'étaient pour lui que des objets de décoration. Il en fabriquait déjà dans le cadre de son métier d'éducateur spécialisé. La vraie rencontre avec les pantins magiques s'est faite à l'institut de la marionnette à Charleville-Mézières. « J'ai appris à les construire au cours d'un stage avec un Brésilien, Alvaro Apocalypse. Avec lui, la marionnette naît d'abord en dessin, sur du papier millimétré ». Ensuite seulement, Jean-Louis Racoillet les façonne à la pâte à bois. Il les habille, les maquille pour en faire des marionnettes traditionnelles, tirées à quatre épingles, « bien sous tout rapport ». Chico son pianiste, fabriqué en 250 heures au cours du stage avec Alvaro Apocalypse, est sa marionnette fétiche. Peut être parce qu'elle semble lui répéter la phrase que lui a dite le Brésilien : « une marionnette est faite pour vivre, pas pour être accrochée ».
A FILS
Une improvisation de dix minutes lors d'un festival, avec son partenaire de scène François Saintigny, a fini de le convaincre. De fabricant passionné par la technique, Jean-Louis Racoillet est devenu marionnettiste. Il s'inspire de contes pour raconter les histoires qui donneront vie à ses poupées. Le Cernéen d'adoption ne fabrique pas n'importe lesquelles. Il a eu beau essayer de monter un spectacle avec des marottes en mousse, ces marionnettes à manche que l'on fait bouger avec les doigts, c'est celles à fils qu'il préfère. « Pour le plaisir de manipuler ». Mais aussi d'inventer toujours de nouveaux systèmes pour qu'elles marchent debout et pas assises, qu'elles arrivent à vivre vraiment. Le passionné en a construites près de 80 qu'il n'a pas toutes gardées et a consacré parfois jusqu'à 50 heures à la réalisation d'une marionnette. La passion est presque devenue une profession. Depuis 1991, la troupe de l'Atelier du Sous-Sol a monté quatre spectacles. Née à Cernay, elle n'y a très peu joué, alors qu'elle s'est produite dans toute la France et jusqu'au Québec. « Nul n'est prophète en son pays, et c'est très bien comme cela » observe Jean-Louis Racoillet. Et d'ajouter : « C'est la première année que nos productions sont aussi intenses dans la région de Thann et Cernay ». Son théâtre de marionnettes a présenté « Circus, le cirque Rikiki » à la fête de la petite enfance à Cernay. Même s'il considère ses marionnettes comme des acteurs à part entière, Jean-Louis Racoillet aimerait aujourd'hui monter un spectacle grandeur nature sans ficelles ni pantins. Pour une fois au moins, « partir du bout de ses doigts pour arriver à celles des autres».
L'Atelier du Sous-Sol propose en plus du théâtre de marionnettes des ateliers de fabrication dans les centres de loisirs et les écoles. 1, rue de Burnhaupt 68700 Cernay, tél. 03.89.39.80.16.
Avec ses marionnettes, Jean-Louis Racoillet raconte des histoires fabuleuses comme celle du cirque Rikiki.
(Photo « L'ALSACE » - EA)











