Pour la troisième fois depuis le début de l'année, le Parlement européen a remis sur le tapis le dossier du tabac en Europe. La première fois, en tout début d'année, pour réclamer la suppression de toute subvention à cette culture. Les eurodéputés avaient, toutefois, omis volontairement de fixer un délai pour cela. En mai dernier, au nom de la santé publique, les mêmes députés avaient adopté le rapport du cardiologue français Christian Cabrol, exigeant l'interdiction de toute publicité pour les produits du tabac à partir de 2002. Hier, toujours le même parlement s'est prononcé en faveur d'un soutien financier à la production du tabac. « A la production de qualité », s'est empressé d'ajouter l'auteur du rapport, le Portugais Raul Rosado Fernandes. L'Europe continuera ainsi de dépenser un milliard d'écus, soit 6,5 milliards de francs, chaque année, pour soutenir la production d'une plante dont elle cherche, par ailleurs, à limiter la consommation. « L'Union européenne a rejeté l'option d'un désengagement total du secteur du tabac, et ce bien que le tabac communautaire ait une valeur marchande limitée, voire inexistante », reconnaît la commission des budgets du Parlement européen qui enfonce le clou en soulignant:« Nous nous trouvons ainsi placés dans une situationcontradictoire, puisque l'UE finance des mesures pour lutter contre le cancer, à concurrencede quelque 71 millions de F, puis elle subventionne la production d'une culture qui est la première responsable d'un grand nombre de maladies cancéreuses. » C'est sans compter sur le lobby des producteurs qui assure que le tabac est souvent le seul gagne pain de la population rurale, 135 000 producteurs, 400 000 emplois saisonniers et 30 000 emplois en première transformation, en dépendent. Un argument largement faux. Si, en effet, dans certaines régions du sud, en Grèce, en Espagne ou au Portugal, la reconversion vers d'autres cultures est difficile, voire impossible, rien ne s'y oppose dans des pays comme la France, l'Autriche, l'Allemagne ou la Belgique. Légèrement mal à l'aise dans son grand écart entre les intérêts de l'agriculture et ceux de la santé publique, le Parlement européen a adopté hier une solution hypocrite. Une grosse louche de subventions, le milliard d'écus évoqué ci-dessus, plus une pincée de mesures limitatives. Ainsi à l'avenir les agriculteurs qui cesseront de cultiver du tabac ne pourront plus transmettre leurs quotas de production. Bruxelles les rachètera pour les supprimer. Le tabac devrait ainsi disparaître à la mort du dernier producteur européen. C'est-à-dire pas avant quelques décennies.
(Photo Dominique GUTEKUNST)











