Un pélerinage dans les sanctuaires forestiers à la rencontre des sapins-président constitue un excellent moyen de retrouver ses racines.
L' élection d'un sapin-président n'est pas un acte anodin ni ordinaire. Il ne relève pas non plus par la solennité qui entoure la cérémonie d'un reliquat de croyance en un dieu sylvestre et il faut encore moins y voir une manifestation à caractère folklorique. La désignation d'un sapin-président plonge ses racines dans la relation privilégiée que l'homme à toujours entretenu avec la forêt, mère nourricière de la population montagnarde à travers les multiples activités de transformation de ce précieux matériau qu'elle nourrit. Ce rite se perpétue de génération en génération mais on n'intronise pas n'importe quel sapin. Les critères de choix se sont tout de même quelque peu modifiés. « Autrefois on privilégiait le gigantisme, aujourd'hui on choisit la beauté », observe Bernard Viennet, technicien forestier au Russey. L'espérance de vie des sapins-président dépassant souvent trois siècles, ce sont en général des arbres de très grande dimension que l'on rencontre encore. Nés bien avant l'invasion des Suédois, ils sont hauts, très hauts et fiers, leur taille exceptionnelle n'étant pas toujours d'ailleurs incompatible avec une authentique élégance. Le sapin-président du Russey est en quelque sorte le séquoia des résineux. Il affiche un insolent mais légitime orgueil du sommet de ses 52 mètres, soit la hauteur d'un immeuble de dix-huit étages. Ce mastodonte doit marquer sur la bascule quelque vingt tonnes. Cinq ou six hommes bras tendus et mains solidaires suffisent tout juste à le ceinturer, son tour de taille étant de 5,30 m. Ce respectable président s'élance au coeur du domaine forestier, « Les Trois Sapins », le bien nommé, caractérisé par le gigantisme de ses conifères. Un parcours d'interprétation de la forêt et un circuit poétique renforcent l'intérêt d'une visite au pied de sa majesté vieux de 320 ans. Le nouveau sapin-président de Charquemont, digne successeur d'un ancêtre aux forces déclinantes, ne mesure « que » 45 mètres pour un volume de 22 m³. Il a tout l'avenir devant lui et verra probablement des milliers de « nains à deux pattes » empruntant à ses pieds un sentelet de découverte du bois des Rachottes à un jet de pives de pin de la station de Combe Saint-Pierre.
EDGAR PRÉSIDENT !
Au sud du Haut-Doubs horloger, le village de Grand-Combe-Châteleu avec ses 78 fermes a tuyé charpentées avec du sapin coupé en vieille lune décroissante, honore aussi son arbre président. Ce sapin gratte-ciel chatouille les nuages du bout de sa cime à plus de 51 mètres du sol. Il est également très facilement accessible en suivant le chemin de halage sur quelques centaines de mètres jusqu'à une intersection portant l'indication « Le village par le Mont la Chevanne ». Une route forestière vous porte au niveau d'une grande place de retournement des camions de bois, à vingt mètres de ce grand sage. Pontarlier, en sa qualité de capitale forestière de l'hexagone, ne pouvait pas ne pas avoir de sapin-président. Il se dresse à la sortie de Pontarlier, direction Les Gras, une signalétique rendant sa recherche très aisée. Aux Fourgs, enfin, sur le toit du département du Doubs, comme chaque été, une fête se déroulera autour du sapin-président le 2 août. Pour la petite histoire, lors de l'élection de ce jeune président il y a quelques décennies à peine, les bourris (habitants du pays) lui avaient donné le nom d'Edgar Faure. Il faut savoir qu'un sapin-président est intouchable. Il mourra de sa belle mort à moins que son dépérissement menace la sécurité des promeneurs. Dans tout les cas, il a droit à un enterrement officiel avec marche funèbre et tout le cérémonial dû à son rang.
Le sapin-président du Russey, âgé de 320 ans, présente une hauteur équivalente à celle d'un immeuble de vingt étages.











