Pour Edmond Alphandéry, la compétitivité de l'entreprise s'est améliorée. Elle gagne de l'argent, renforce ses fonds propres et se désendette, alors que les tarifs continueront de baisser.
L'ouverture du marché français de l'électricité est prévue pour l'an prochain. Quelle leçon tirez-vous de la libéralisation du marché des télécoms ?
On ne peut pas comparer les deux marchés qui n'ont d'abord pas la même intensité capitalistique. Dans les télécoms, on peut faire jouer la concurrence de manière plus forte car il s'agit de marchés de services, de transport et de transfert. Dans le domaine de l'électricité, sur un franc payé par le consommateur, la moitié va à la production. On ne peut pas confondre les deux secteurs, car nous sommes une industrie de service public et d'intérêt général. Nous générons en France l'accès à l'énergie, nous produisons un courant efficace et sûr ; nous ne dépensons pas de fantaisies venues d'ailleurs. C'est pour cela que nous sommes très attentifs à la notion de politique énergétique et à une régulation dans ce domaine, ne serait-ce que pour des raisons de préservation de l'environnement.
La consommation de courant a baissé en 1997 de 0,7 % par rapport à 1996. Comment comptez-vous inciter les ménages à consommer plus d'électricité, à part baisser le prix du kilowatt ?
Nous ne voulons pas pousser les ménages à consommer plus mais à consommer mieux. Notre objectif est de fidéliser nos 30 millions de clients. C'est là une formidable richesse, très peu d'industries peuvent revendiquer 30 millions de clients. L'important, c'est des clients satisfaits et fidèles. Nous avons instauré l'opération « conseil-confort électroménager », qui a consisté à aider les gens à mieux utiliser leurs appareils, à faire des économies. A moyen terme, nous y gagnons. Nous sommes arrivés à un niveau de consommation proche de la saturation. Dans certains domaines, il y a des marges de progression importantes comme la climatisation réversible. Le fond de l'affaire est que l'évaluation du chiffre d'affaires d'EDF se fera à l'avenir dans les services liés à la fourniture de courant. Mais nous n'en sommes qu'aux balbutiements, le développement le plus fort se fera sur la valeur ajoutée, par exemple, à la domotique ou aux services liés à la facturation...
Très peu d'entreprises ont les moyens de s'offrir des accords sociaux tels que ceux que vous signez en matière de partage du temps de travail, d'incitations au départ et d'embauches anticipées. Y-a-t-il une exception culturelle d'EDF ?
Nous sommes partis du constat qu'il y avait chez nous très peu de temps partiel, 2 % de nos effectifs contre 15 à 16 % de moyenne nationale et deux fois plus aux Pays-Bas. Nous avons mis en place des incitations financières à l'aménagement du temps de travail pour avoir plus de création d'emplois. La plupart des embauches se font aujourd'hui à 32 h mais la majorité de notre personnel travaille 38 h par semaine. Beaucoup d'enteprises en font tout autant. Il n'y pas d'« exception EDF » : j'en veux pour preuve qu'il n'y a pas de dérapage de la masse salariale et que la compétitivité de l'entreprise s'est améliorée.
De nombreuses organisations réclament qu'EDF prenne en charge les impayés des particuliers en difficulté, des ménages en situation d'exclusion. Jusqu'à où pouvez-vous aller ?
Nous prévoyons de doubler notre participation au fonds pauvreté-précarité. Nous avons des systèmes d'interrupteurs qui fournissent un minimum de courant. Le gouvernement va peut-être nous demander de faire plus, mais en tant que service public, nous en faisons déjà beaucoup.
La réduction des tarifs va se poursuivre cette année avec une baisse de 3,5% en francs constants en avril. Elle devrait être de 14% entre 1997 et 2000, ce qui représente une économie de 60 mds de F pour les ménages et les entreprises.
Edmond Alphandéry, président du conseil d'administration d'électricité de France (AEF).











