A partir de 1932 à Montreux-Vieux, les établissements de « La Jeanne-d'Arc » exploitèrent une épicerie de vente en gros. Aujourd'hui, subsiste encore le ponton métallique qui permettait de décharger les péniches.
En 1928, la décision fut prise par les autorités nationales de creuser une autre branche du canal du Rhône au Rhin entre Montreux-Château et Valdieu. Il s'agissait officiellement, en abaissant le niveau de l'ancien tracé de plusieurs mètres (déjà) de permettre la suppression de trois écluses mais aussi de rapprocher cette voie d'eau de la localité de Montreux-Vieux. La rumeur publique avait alors laissé entendre que c'était également pour favoriser l'implantation d'une importante entreprise d'épicerie en gros qui profiterait ainsi de cette voie fluviale pour ses approvisionnements.
EPICERIE PROSPÈRE
Effectivement, dès la mise en service du « nouveau canal » après la fin des travaux en 1932, s'implantèrent entre la ligne de chemin de fer (non loin de la gare de Montreux-Vieux) et la voie navigable, les établissements « La Jeanne d'Arc » d'Epinal, épicerie en gros qui bientôt, grâce à la dizaine de camions dont elle disposait (c'était considérable pour l'époque), approvisionne la plupart des magasins d'alimentation que l'on nommait « épiceries », de la région Est. Cette entreprise qui s'étendait sur une superficie imposante était ravitaillée d'une part au moyen d'une voie de raccordement au chemin de fer avec loco-tracteur spécial et d'autre part par un quai du canal comportant un ponton métallique avec grue électrique pour les chargements et déchargements ainsi qu'une bouche de pipe-line pour remplir les énormes cuves de carburants dont « La Jeanne d'Arc » était aussi distributrice. Dès lors, on vit souvent amarrés des pétroliers-péniches attendant leur tour pour se libérer de leur cargaison liquide que de puissantes pompes refoulaient vers les immenses réservoirs. Mais d'autres bâteaux faisaient également la queue en vue du déchargement par le ponton grue. Les produits transportés par voie d'eau étaient surtout le sel, le riz, le maïs, le sucre lequel venait surtout du Nord, en sacs, mais aussi pour ce dernier des palettes de paquets en morceaux. Il faut préciser que dans les épiceries ont débitait, le sucre, le sel, la farine, le riz, le café et bien d'autres denrées alimentaires au détail, lesquelles étaient mises en cornets de papiers et pesés au gré des désirs des clients. Les produits ainsi déchargés étaient transportés au dépôt de « La Jeanne d'Arc » sur rail par des wagonnets à quelques dizaines de mètres. Il en fut ainsi jusqu'en 1940. Après l'annexion de l'Alsace, « La Jeanne d'Arc » qui était un établissement français de l'intérieur fut réquisionné par les Allemands et devint « Sundgau Lebensmittel Grosshandlung ». Au début 1944, ce complexe fut transformé en dépôt affecté aux « Waffen-SS » où étaient stockés des produits alimentaires et autres destinés à cette branche du dispositif militaire nazi. A la libération, en novembre 1944, les armées alliées y installèrent un dépôt de carburant (en cuves, en bidons et nourrices). Ce n'est qu'au cours de l'année 1945 que l'entreprise propriétaire put rentrer dans ses locaux et reprendre pleinement ses activités impliquant à nouveau le port fluvial. Mais les péniches dont beaucoup, par suite des hostilités avaient subi des dégâts ou avaient disparu (souvent les avions alliés les mitraillaient). Dès lors le déclin du transport fluvial s'accentua au fil des années comme celui de l'entreprise d'ailleurs. Les transports s'effectuaient de plus en plus par la route.
DÉCLIN
A la fin des années 50 et au début des années 60, les magasins d'alimentation commencèrent à se transformer. D'abord les selfs-services et ensuite les grandes surfaces firent leur apparition ce qui signifiait la mort à plus ou moins brève échéance des petites épiceries rurales ou de quartier et l'amorce d'une nouvelle forme de distribution. « La Jeanne d'Arc » cessa son activité. Les locaux furent repris par la maison de transport Helminger puis par une autre entreprise de la même branche avant de devenir un dépôt-vente de pneus neufs et d'occasion « Montreux-pneus », il y a quelques années. Les vestiges métalliques du port fluvial sont demeurés sur place et y sont encoreà l'heure actuelle. Aux dires d'Etienne Geiss, ancien maire de Montreux-Jeune et féru d'histoire locale, ces installations auraient dû être démontées et vendues à la féraille, mais les successeurs de « La Jeanne d'Arc » notamment Helminger voulaient par ce ponton subsistant, conserver un droit d'accès et d'utilisation en cas d'édification du Grand canal. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un vestige d'un passé qui a eu un très important impact économique dans la région tant par son rayonnement que par la main d'oeuvre qu'il employait. A son apogée cette entreprise comportait environ une centaine de salariés.
Le ponton dans son état actuel avec au second plan les bâtiments de l'ancienne « Jeanne d'Arc », aujourd'hui « Montreux-Pneus ».











