Natif de Ferrette, Lamartellière-Schwindenhammer a traduit les pièces de l'Allemand Schiller. A Paris, en pleine Révolution, il l'a fait reconnaître « citoyen français ».
A la mairie de Ferrette se trouve une salle ou l'on peut découvrir descendants du Cardinal Mazarin : la Duchesse Louise Jeanne de Mazarin, sa fille Victoire qui épousera en 1776 Honoré IV Grimaldi de Monaco, Paul Jules de Mazarin et son fils Guy Paul de Mazarin qui font face au portrait de Jean Henri Ferdinand Lamartellière (Schwindenhammer). L'histoire nous apprend que ce dernier est un enfant du Sundgau, né le 14 juillet 1760 à Ferrette, fils du greffier François Joseph Schwindenhammer et de Marie Ursule Vogelweit. Tout destin individuel est tributaire de sa date et de son lieu de naissance. Aussi, le jeune J. F. Schwindenhammer, après des études de droit à l'universtié de Strasbourg se trouva parachuté à Paris en pleine Révolution avec une vocation d'auteur, traducteur et romancier. Il comprit vite la nécessité de changer son patronyme pour faire une carrière théâtrale aux bords de la Seine. Dans ses bagages : la première traduction du drame en 5 actes de Frédérick Schiller, auteur allemand, qui avait monté le 13 janvier 1782, à Mannheim sa première pièce, « Die Rauber, les Brigands ». Introduit par le turbulent auteur Beaumarchais, (Le Mariage de Figaro et le Barbier de Séville) dans les milieux parisiens, notre sundgauvien se fit accepter par la Révolution car le thème philosophique de la pièce de Schiller était la liberté, le droit des peuples et la tolérance. Succès chez les Sans-Culottes, mais également chez les Bonapartistes en 1798 qui saluèrent l'ordre et la discipline retrouvés dans le dernier acte du drame.
SUCCÈS
La pièce « Robert, le brigand » fut joué le 10 mai 1792 au théâtre du Marais et remporta un succès mérité et même elle sera jouée dans toute la France jusqu'en 1850, vingt ans après la mort de Lamartellière-Schwindenhammer à Paris en 1830. Pourquoi donc cette adhésion au théâtre de F. Schiller ? Rive gauche ou rive droite du Rhin, en cette fin du XVIIIe siècle, les peuples aspirent à la liberté. Les philosophes allemands du mouvement, « Sturm und Drang », Schiller, Goethe et Herder prennent le même virage que Montesquieu, Rousseau et Voltaire en France.
FRANÇAIS
C'est la raison pour laquelle, en 1792, la Convention proclame F. Schiller (1776-1805) « citoyen français comme un ami de la liberté et fraternité universelle ». Lamartellière-Schwindenhammer avait apporté sa contribution à cette nomination. Le pari de l'Alsacien était gagné mais rien n'était joué. Il fallu adapter ces 5 actes au goût du jour, transformer les brigands en soldats révolutionnaires plus tard ce furent de méchants vendeurs, et donner au drame sanglant, articulé par la fatalité et le pessimisme, une issue heureuse. Chez Schiller il s'agit d'un drame familial opposant deux frères à leur père. Ecrasé par son passé de brigand, Karl Robert tue son père et sa fiancée Amalia Sophie et se soumet à la justice du Souverain. Le crépuscule des Dieux. Schiller avant Wagner. Alors que dans la pièce de Lamartellière l'issue est moins tragique. Le père pardonne à son fils Robert qui épousera sa fiancée Sophie. Les brigands laisseront et se mettront au service de la légitimité.
UN NOM À PARIS
L'immense mérite de Schwindenhammer-Lamartellière fut d'introduire le texte traduit des auteurs allemands ouvrant ainsi une fenêtre vers l'Allemagne et l'Europe. Robert, chef des brigands ne fut pas l'unique oeuvre de Lamartellière : « Tribunal redoutable » la traduction du théâtre de Schiller, « Les trois Gil Blas » en 1802, « Le Cultivateur de Louisiane » en 1808, « Pierre et Paul » comédie en 1815 et bien d'autres pièces eurent des fortunes diverses. En conclusion, il faut reconnaître qu'au milieu de la bourrasque révolutionnaire ce natif de Ferrette eut le mérite de se faire un nom à Paris et d'avoir participé aux premiers échanges théatraux entre pays combien ennemis. La collection Contacts a édité : Lamartellière, un dramaturge sous la Révolution, signé François Labbé, qui a eu l'idée de tirer F. J. Schwindenhammer de l'oubli.
Le portrait de Lamartellière se trouve en mairie de Ferrette.











