Ancienne dépendance des seigneurs de Montjoie, la maison appelée « Le château » vient d'être aménagée en appartements et réhabilitée. Plongée dans son passé...
A HIRSINGUE, les habitants l'appellent le « Château ». Pourtant, son aspect extérieur et son architecture ne laissent en rien penser qu'il s'agisse d'une authentique habitation seigneuriale, même si elle surplombe la commune. Son actuel propriétaire, Claude Britschu, vient d'entreprendre d'importants travaux de réhabilitation pour en faire des logements locatifs. Retour sur l'histoire de cette imposante bâtisse, surnommée le « Château », à tort diront certains mais peut-être pas... Le vrai château de Hirsingue a été édifié en 1742 par l'architecte Bagnato, à la demande du Comte Philippe-Antoine de Montjoie, Grand Commandeur du bailliage Alsace-Bourgogne de l'ordre Teutonique. Il se situait probablement en contrebas de la bâtisse, en face dupont qui passe le Feldbach, sur les actuelles propriétés des frères Albert et Eugène Sengelin, situées à l'entrée de la rue du Château.
PROCÈS
Selon les historiens locaux, le château des Montjoie était immense et « possédait autant de fenêtres que de jours dans l'année ». Seigneurs mal-aimés, les Montjoie imposaient de nombreuses corvées aux paysans de la région, pour l'entretien des bâtiments, des forêts, des vignes et du jardin « anglais » de plusieurs hectares, situé à l'emplacement de l'actuel lotissement. Les Montjoie furent également en procès durant plus d'un siècle avec les communes de Hirsingue, Heimersdorf, Ruederbach et Bisel à propos de propriétés forestières. Le 29 juillet 1789, les paysans des vallée de Hundsbach, de l'Ill et des communes de Willer et Hirsingue se révoltent. En remontant le long du Feldbach, ils saccagent les maisons des riches propriétaires à qui ils étaient redevables de dettes. Réconfortés par le vin dérobé chez leurs victimes, comme le raconte la chronique du curé Fues, les paysans se rendent alors au château pour se venger des seigneurs et saccagent tout l'édifice. Le comte Nebomuc de Montjoie ne doit sont salut qu'à sa fuite en chemise de nuit, par un souterrain qui, raconte la légende, ressortait du côté de Hirtzbach. Les meneurs de la révolte ont été jugés. Une croix sur la route en direction d'Altkirch témoigne encore de la pendaison de deux d'entre eux. D'autres ont été condamnés aux galères.
SOUTERRAIN
Ce souterrain existe encore, ou tout au moins son embouchure, car des éboulements ont obstrué la galerie ; celui-ci se trouve à quelques mètres du « château » récemment réhabilité. Pour André Jund, historien du village, « le souterrain servait plus probablement de déversoir aux eaux usées utilisées pour laver les tonneaux de vin, et débouchait alors dans le Feldbach ». Il poursuit : « plus loin, au bout de la rue des Gliers, les propriétaires d'un terrain ont dû décaler la construction de leur maison car ils sont tombés sur le souterrains en question ». Pour nombre d'historiens, la bâtisse appelée le « château » est« probablement la dépendance des domestiques, très nombreux alors tel que les gardes champêtres, gardes forestiers... ». De plus, sous le bâtiment une immense cave voûtée existe toujours. « Elle devait certainement servir à stocker les tonneaux de vin », explique encore M. Jund. Après sa fuite, Nebomuc de Montjoie se réfugie à Altkirch, puis à Remiremont et enfin à Bâle où il décède en 1791. Lors de la vente des biens des émigrés en 1792, le château est détruit puis racheté par MM. Flota de Feldbach et Jelsch de Hirsingue, qui l'utilisent comme carrière de pierre. « Il ne reste donc plus rien du château » conclu M. Jund.
12 LOGEMENTS
Maison familiale de Claude Britschu, la bâtisse appelée le « château » a été acquise par son père et son oncle en 1973. Devenu propriétaire en 1992, M. Britschu entreprend sa réhabilitation complète en 1996 et y créé sur trois niveaux douze logements. Il s'aperçoit que la maison a subi de nombreuses transformations par le passé. Tous les murs intérieurs sont arrachés lors des travaux. Il ne reste alors que la structure en chêne et les murs extérieurs. Mais il découvre pourtant quelques pierres de tailles, provenant probablement de la récupération, telles les marches qui menaient à la cave ou encore une pierre taillée de 30 cm sur 20, insérée dans un mur sur laquelle est gravée une clé...
Le bâtiment devait vraisemblablement servir à loger les domestiques du château de Hirsingue.











