C'est un roman chic et intelligent, profond et sentencieux, un roman sur la « frontière », sur ce « moment précis où le réel se transforme en irréel, la réalité en rêverie. » Et aussi, puisqu'il est question du vrai et du faux, sur cet autre qui vit avec moi, cet amour que je lui porte, ce miroir qu'il me tend ? Où est la sincérité, le don ? Que choisissons-nous de nos vies ? « Notre seule liberté est de choisir entre l'amertume et le plaisir », écrit Milan Kundera, dont le choix est fait : « Que ce soit chance ou malchance d'être né sur cette Terre, la meilleure façon d'y passer la vie est de se laisser porter par une foule gaie et bruyante qui avance. » D'un tel postulat, Kundera fait un roman bancal : un livre qui, certes, avance, fluide, étourdissant de rouerie et d'analyse, mais dénué d'humour, de maladresses surtout. Chantal, femme au double visage (docile au travail, cynique à domicile), découvre que les hommes ne se retournent plus sur elle. Jean-Marc, son compagnon, est un marginal auto-proclamé. Ils s'aiment, ne savent plus comment se le dire. Alors, pour renouer, croyant bien faire, Jean-Marc va envoyer des lettres d'amour anonymes à Chantal. Le procédé fut employé, avec quelle autre flamboyance, par Alexandre Jardin dans « Le zèbre ». Ici, comme chez Jardin, il est littéralement question de vie ou de mort. Chantal guette son soupirant, le cherche au milieu des inconnus de la ville, elle est séduite, troublée, vivante. Identifiée comme telle. Et puis... Et puis tombe le masque de Jean-Marc. Malaise, un rien boulevardier. Comme un ange, passe une insupportable belle-soeur, on se chamaille, on se quitte, on se poursuit. Cauchemar. On se réveille. Ce n'était que ça, un cauchemar. La vie recommence ?
Editions Gallimard











