Une délégation composée d'élus et de viticulteurs de Scherwiller sera reçue aujourd'hui par le ministre Louis le Pensec. Au programme de cette rencontre, le délicat problème des vignes plantées sur des friches et qui viennent d'être lourdement taxées.
PANAME a beau être Paname, on connaît des viticulteurs qui se seraient aisément passés de cette excursion dans la capitale. Alors que l'ouverture des vendanges est pour aujourd'hui, Bernard Martin le représentant des viticulteurs de Scherwiller doit troquer son bleu de travail contre un costume-cravate. Aujourd'hui à 17 h 30 il franchira le perron du ministère de l'Agriculture en compagnie de Raymond Baltenweck, président de l'Association des Viticulteurs d'Alsace (AVA), de son directeur M. Goulby, du député Germain Gengenwin et du maire de la cité du Riesling, Emile Barthel. Cette rencontre n'a pas été organisée pour coller à l'actualité des vendanges, mais pour tenter de résoudre un délicat problème de taxe de défrichement de terre agricole.
C'est un problème complexe : des viticulteurs ou propriétaires de vignes de Scherwiller ont entrepris, ces dernières années, de replanter des ceps de vignes sur des friches au pied de l'Ortenbourg. La direction départementale de l'Agriculture et de la Forêt (DDAF) a considéré que ces plantations avaient été effectuées sur des terres boisées. Le courrier reçu par les viticulteurs est sans équivoque : « Il est clair que, même situés dans un périmètre AOC, les terrains défrichés étaient soumis à demande d'autorisation de défrichement. Les photographies aériennes et des témoignages attestent d'un état boisé antérieur très ancien ». Et le service de l'environnement de la DDAF de présenter quelques lignes plus loin la facture aux vignerons. « La taxe de défrichement due en matière agricole est de 13 000 F/Ha,» avant de préciser, « elle pourra vous être restitué si, dans un délai de cinq ans à compter de l'autorisation, vous reboisez l'équivalent.» Ce texte juridique pas vraiment récent de protection du patrimoine forestier devrait toucher une dizaine de viticulteurs de la cité de l'Aubach et un cas similaire s'était déjà produit à Kintzheim.
CAS D'ÉCOLE
Mais à Scherwiller les viticulteurs appuyés par leur syndicat et les élus ont décidé de ne pas se laisser faire et de monter jusqu'au ministère pour faire annuler ce qu'ils considèrent comme une injustice. Pour eux, ces friches remises en culture étaient d'anciennes vignes et non du patrimoine forestier. Ils se considèrent même injustement pénalisés, pour un travail de défrichage... souvent subventionné dans certaines vallées des Vosges situées à un jet de pierre. Ils comptent bien expliquer cette contradiction au ministre de l'Agriculture Louis le Pensec cet après-midi. Leur combat dépasse largement les contreforts de l'Ortenbourg et pourrait concerner toute la profession. Si cette mesure n'a encore jamais été appliquée dans le vignoble alsacien, elle pourrait bien faire rapidement boule de neige, au grand dam des vignerons qui désirent valoriser certains terroirs cultivés par leurs ancêtres, puis abandonnés par leurs parents au profit des friches. L'objectif de la délégation de Scherwiller est de faire modifier par la voie parlementaire, une réglementation devenue obsolète. Et cette mission mérite bien de décaler le premier jour des vendanges de 24 heures.
La taxe de défrichement pour ces vignes replantées au pied de l'Ortenbourg est de 13 000 F l'hectare. Les vignerons de Scherwiller crient à l'injustice et seront aujourd'hui au ministère de l'Agriculture pour défendre leur cause.
(Photo « L'ALSACE » - Dominique Gutekunst)











