Bertrand Delattre est délégué du diocèse alsacien pour les relations avec le judaïsme et vice-président de l'association Charles Péguy, fondée en 1990 pour faire connaître le monde juif dans les milieux chrétiens. Il se penche sur la déclaration faite hier à Drancy par l'Eglise catholique.
Pourquoi l'Eglise catholique de France a-t-elle tant attendu pour faire cette déclaration de repentance ? Je peux comprendre les réactions amères des Juifs directement touchés dans leur mémoire. Etant catholique, je prendrais un peu plus de recul. Si l'on considère l'histoire de l'Eglise on constate que les évolutions y sont lentes. Il ne s'agit pas là d'un propos apologétique, mais on le dit de manière simple et imagée, les moulins de l'Eglise travaillent lentement. Concernant la Shoah, l'Holocauste, la gravité de l'événement fait que même si les Eglises chrétiennes ont réagi dès 1945 et 1947 -avec la déclaration de Seelisberg-, pour que l'Eglise catholique arrive à une reconnaissance lucide de sa responsabilité, il a fallu une génération. Il y a fallu cette maturation lente, longue et difficile. A l'aube du IIIe millénaire, les chrétiens sont invités par Jean-Paul II à prendre la mesure de leurs responsabilités, à se mettre humblement en présence du Seigneur. C'est une démarche en son fond spirituelle, qui induit une purification de la mémoire à propos d'événements graves dans lesquels l'Eglise catholique a été impliquée et dans laquelle, nous chrétiens d'aujourd'hui, sommes également impliqués par une solidarité qui traverse les générations. Dans quelle mesure une telle déclaration peut-elle faire évoluer les relations entre les communautés juives et catholiques ? Les Juifs sont habitués à se voir caricaturés dans l'enseignement chrétien, je le dis au présent, je préférerais le dire au passé. Ils ne sont pas encore habitués à voir une Eglise catholique avancer modestement. Dans le passé, l'Eglise paraissait triomphaliste, sûre de la vérité de son dogme, de sa rectitude. Il me semble que de voir l'Eglise catholique, par le biais de sa hiérarchie, adopter une attitude modeste, courageuse, est de nature, je l'espère, à éveiller la conscience juive au fait que la chrétienté s'interroge et est capable de conversion, capable de convertir son regard et comme nous le disons de se repentir. Il ne nous appartient pas de savoir quel écho aura cette évolution dans le monde juif. Mais il nous appartient, à nous catholiques de la base, de poser cette démarche de repentance dans nos paroisses. On peut espérer que le monde juif puisse sortir à son tour d'une position un peu abrupte et tenter de comprendre de quoi cette repentance procède. Pour l'instant cette démarche semble pourtant surtout celle de la hiérarchie catholique. Dans le comité épiscopal nous avons effectivement conscience que statistiquement cette démarche touche assez peu de chrétiens. Toute la question est de la traduire, pour atteindre les paroisses. Et c'est d'ailleurs un peu ce rôle, cette responsabilité d'être les relais à la base, que nous nous donnons dans l'association Charles Péguy,.
(Photo Jean-Marc LOOS)











