Le chanteur d'opérette Georges Guétary, décédé samedi à l'âge de 82 ans à Mougins, a été inhumé hier à l'église orthodoxe de Cannes, dans l'intimité. C'est à Cannes qu'il s'était définitivement installé il y a plus de dix ans et, ne sortant plus guère, il consacrait à la peinture, son violon d'Ingres depuis longtemps, une grande partie de son temps. Cet homme coquet, qui avait conservé sa prestance grâce à une pratique assidue du sport, fut un maître du kitsch, le créateur notamment de « Pacifico », « La polka des lampions », « Monsieur Carnaval », « La route fleurie » et quantité d'autres airs populaires. Né le 8 février 1915 à Alexandrie (Egypte), Georges Guétary avait imposé le genre du séducteur latin («latin lover»), voix de miel et oeil de velours, avec des titres comme « Bambino », « Ciao, ciao, Bambina»... Début 96, à 81 ans, il avait fêté ses 50 ans de métier en effectuant une rentrée parisienne au théâtre Bobino. L'octogénaire sémillant tenait encore 90 minutes sur scène sans fatigue apparente, reprenant pour un public de groupies aux cheveux bleutés ses grands succès comme « Je m'appelle Robin des Bois », « C'est la samba brésilienne » et, pour la première fois, un medley de trois titres tirés de la musique de George Gershwin, « Un Américain à Paris », le classique de Vincente Minelli (1950) dans lequel Georges Guétary fut le partenaire de Gene Kelly. Arrivé à Paris en 1934 pour faire des études de commerce, il a bifurqué vers la musique et fait ses débuts sur une scène parisienne en 1938 à l'Européen. Le tournant décisif de sa carrière, il le doit en devenant le partenaire de Mistinguett au Casino de Paris, comme « quadrille », « c'est-à-dire, disait-il,comme un des quatre gigolos de la Miss ». Ce sera ensuite le Châtelet, « temple » de l'opérette, où il reste neuf ans. Vincent Auriol, qui l'y applaudit, accélèrera son processus de naturalisation. En 1950, il est Français. Avec le déclin de l'opérette, concurrencée par le music-hall, le chanteur a tenté sa chance à l'étranger et au cinéma. A New-York, il a d'ailleurs obtenu un « Tony Award » (les « Oscars » de la scène) de l'interprétation étrangère. Après ce passage par l'Amérique, il retrouve la France et obtient un triomphe, aux côtés de Bourvil, dans « La route fleurie » (1951). Il se produit à l'Olympia en 1957, vend des millions de disques avec des airs qui fleurent bon l'insouciance et la légèreté. Georges Guétary a eu une carrière d'une exceptionnelle longévité. De fait, même s'il n'avait pas la voix d'un Luis Mariano, autre ambassadeur de l'opérette, Georges Guétary avait gardé d'exceptionnelles qualités vocales (ni tabac ni alcool) qui, à 81 ans, lui permettait encore d'interpréter a capella la « Valse des regrets » de Brahms. Le chanteur attribuait sa bonne santé physique « à la pratique quotidienne de la natation et du volley-ball ainsi qu'à une heure journalière de travail de sa voix».
Georges Guétary, l'an dernier, en train de répéter sur la scène de Bobino.
(AFP)











