Les députés russes vont se prononcer aujourd'hui sur une nouvelle version d'une loi controversée sur les religions. Le président Boris Eltsine ayant posé son veto sur un texte initial de la Douma, à majorité communiste, le préambule a effectivement été profondément remanié par une commission de conciliation. Le texte initial stipulait que seuls l'orthodoxie, le bouddhisme, l'islam et le judaïsme étaient considérés comme des « religions traditionnelles » en Russie et pouvaient y être pratiquées en toute liberté. Ce qui avait provoqué les protestations du Sénat américain, du pape Jean Paul II ainsi que de l'Union européenne. L'expression de « religions traditionnelles » ne figure donc plus dans le texte révisé et le christianisme est désormais cité à la place de l'orthodoxie comme faisant partie de « l'héritage historique du peuple russe ». Reste que le préambule n'a pas de valeur juridique et les groupes religieux s'inquiètent surtout de l'article 27, obligeant un groupe religieux à prouver son existence sur le territoire russe depuis plus de 15 ans pour pouvoir jouir d'un statut officiel. Pour ceux qui ne répondent pas à cette condition, tout prosélytisme est interdit en Russie. Dans un pays où les adventistes, les baptistes ou les pentecôtistes étaient poursuivis en tant qu'« ennemis idéologiques » du régime soviétique, plusieurs milliers de groupes religieux n'ont commencé à sortir de la clandestinité juridique qu'au début des années 1990. « Environ 4000 groupes religieux vont ainsi se retrouver comme dans un ghetto », a estimé Lev Levinson, secrétaire de la Chambre des droits de l'homme auprès du président russe.
DE L'ARMÉE DU SALUT A MÈRE TERESA
Pour l'Armée du Salut, qui n'a que treize ans d'existence officielle dans l'ex-URSS (de 1917 à 1923 et de 1990 à ce jour), la barrière de 15 ans « est fatale », ajoute Anatoli Ptchelintsev, directeur de l'Institut non gouvernemental des religions et du droit. Cette restriction concernera également quelques 300 communautés orthodoxes s'étant détachées ces dernières années du patriarcat de l'Eglise orthodoxe russe à cause de dissensions théologiques ou administratives. Une autre mesure défend toute activité religieuse aux « missions religieuses étrangères » en Russie. Selon les experts, cette clause, qui a été rédigée comme l'article 27 malgré l'opposition de Boris Eltsine et sous la pression de l'Eglise orthodoxe, touchera notamment les Jésuites, les Franciscains, les Carmélites ou l'ordre de Mère Teresa. « L'absence d'une définition explicite pour une "mission religieuse étrangère" risque de provoquer des mesures restrictives contre les monastères catholiques (...) qui ont existé en clandestinité en URSS et auront du mal à prouver avoir existé dans le pays pendant 15 ans », averti le père Stanislav Opela, doyen des Jésuites de Russie, dans une lettre au président Eltsine. « Cette version est loin de défendre les droits de tous les croyants », estime Viatcheslav Polossine, expert religieux à la Douma. Pour lui, « le nouveau texte est surtout défavorable aux catholiques dont quelque 200 communautés existent en Russie depuis plus de 200 ans, et ceux des protestants ne faisant pas partie des structures centralisées ». Le vicaire Anatoli Gueï de Moscou considère, lui, que « le texte sous-entend plusieurs interprétations et laisse la loi à la merci des fonctionnaires ». Les représentants des catholiques, de l'Union des baptistes, des pentecôtistes et des adventistes ont retiré, pour leur part, leur accord à la loi révisée, la jugeant « discriminatoire » et« anti-constitutionnelle », dans un message adressé le 11 septembre à Boris Eltsine.
Boris Eltsine avait posé son veto sur le projet initial.
(AFP)











