Voilà un livre épatant, à ne ranger sous aucun prétexte dans une bibliothèque bien ordonnée, mais à laisser dans un coin de la maison, ne serait-ce que pour voir... Il devrait normalement revenir à portée de yeux, comme la mer ramène toujours tout. Normal, ce livre à la jolie couverture de rêve bleu s'appelle « Besoin de mer » et c'est Hervé Hamon, breton de Paris, parisien de Bretagne, et tous les ailleurs bretons que l'on voudra car l'homme vit la tête ouverte - son métier est de faire émerger des livres, de mettre à jour des histoires de vies, ce qui est une autre navigation - qui tient la barre. C'est bien évidemment un livre d'amour. Avec tout ce qu'il faut de nécessaire égoïsme - « la mer n'est à personne, mais » - et d'envie de crier son bonheur, donc de le partager. Un livre d'incrédulité et de plaisir, puisque c'est bien cela que peut inspirer la beauté du monde. Un livre qui file, vogue, paresse sous le vent tendre et se demande ce qu'il peut bien faire là quand la tempête cogne, mais c'est quand même superbe, et puisqu'on est prudent... Un livre qui donne envie.
LA TETE AILLEURS
A moins d'être déjà de la confrérie hardie, vous n'en sortirez pas navigateur, encore que les lectures sont plus souvent qu'on ne le pense à l'origine d'envies et de vocations. Mais bon, pour les arpenteurs du plancher des vaches, pour ceux dont la seule vue des vagues chavire l'estomac, pour ceux que l'idée même de l'humidité fait fuir, mais qui aiment néanmoins divaguer, la tête ailleurs, « Besoin de mer » est hautement recommandable. Il n'y a pas une ligne de charabia technique dans ces pages mais des mots appropriés, fort beaux, et encore moins de leçons du type : pas étonnant que je sois un héros des temps modernes, pour mon dernier exploit solitaire je m'y suis pris comme ça et comme ça. Non. C'est un livre du voyage. Intérieur et extérieur. L'auteur commence par s'excuser et on entre aussitôt en connivence. Il s'explique sur l'utilisation de ce mot : besoin. On peut en effet le trouver, disons, gonflé. Supposez que tout le monde se mette à écrire à propos de ce dont il a besoin... Oui mais, ce faisant, Hervé Hamon s'interroge sur quantité de choses, sur ceux et sur ce qu'il aime, sur ce qu'il a observé de la définition du centre du monde, bref, il nous propose un rien de cabotage, avant les choses sérieuses. Avant le grand départ. Ce peut être pour un simple aller et retour, pour aller dormir en Bretagne et entendre au réveil le bruit qui a bercé son sommeil. Ce peut être pour un ailleurs incertain, par exemple dans la morsure blanche du Grand Nord. On pour des souvenirs qui ne se disent pas, des souvenirs de mer qui relient aux absents. Ou encore pour un cadeau, les îles, mais pas les îles qu'on « fait » en club-hôtel, non, celles que l'on a méritées, minuscules territoires à explorer sans relâche, sans grand déplacement, en tout dépaysement. On le sent bien, plus que l'eau, c'est le coeur qui bouge dans ce roman où tout est vrai, c'est le coeur qui raconte. Et la raison : Hamon aime trop la mer pour ne pas la respecter. On sort de cette lecture régénéré. L'allant de l'écriture n'y est pas étranger. Et l'on est étonné aussi d'avoir bouclé un aussi grand tour sans avoir quitté son fauteuil. Mais « naviguer, c'est s'enfermer dehors ».
« Besoin de mer », d'Hervé Hamon, aux éditions du Seuil, 281 pages, 110 F.
Hervé Hamon.











