Il est déjà loin, le temps où Paul Thévenot était apprenti... sourcier. Mais, baguette fourchue en mains, il part toujours en quête de phénomènes invisibles. Pour comprendre l'équilibre de la nature.
TANDIS QUE, dans les années 70, il suivait des cours de moniteur arboricole au verger Saint Appolinaire de Folgensbourg, Paul Thévenot fut frappé par une remarque du chef de culture à propos d'une rangée d'arbres fruitiers poussant de travers... Le chef de culture avait expliqué simplement que les arbres tentaient de se sauvegarder en s'éloignant d'une zone soumise aux radiations provenant d'une source...
Le propos s'était arrêté là mais cela avait suffi à ouvrir, pour Paul Thévenot, les portes d'une monde mystérieux où les phénomènes restent invisibles et ne sont perçus que par leurs conséquences. Et à partir de ce moment-là, notre homme n'aura de cesse d'étudier les influences de l'eau souterraine sur l'environnement... Le premier travail de l'apprenti sourcier sera de s'appliquer à lire la nature. Il voit des arbres aux troncs torsadés et devine qu'ils sont placés juste sur un croisement d'une source et d'une faille. D'autres sont marqués par des excroissances cellulaires, preuves d'un effet négatif. Il s'étonne de ne pas avoir compris plus tôt le sens de certains mots. Ainsi sureau vient, à l'évidence, de « sur eau » et donc lorsqu'une ligne de sureau pousse spontanément, elle est positionnée à coup sûr sur une cours d'eau souterrain : « Je constatais enfin que la nature prévient ceux qui vivent au-dessus, les hommes comme les animaux, de ce qui se passe en-dessous. Quand un endroit est mauvais, elle produit des ronces et des chardons pour empêcher quiconque d'y pénétrer...» Grâce à son métier de paysagiste, Paul Thévenot aura l'occasion de multiplier ses observations, en visitant plus d'un demi-millier de jardins et, très vite, pour se perfectionner, il rejoindra l'Association des sourciers d'Alsace présidée par Adolphe Landspurg...
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Ce qui l'intéresse en particulier, ce sont les relations existantes entre les plantes et les forces électromagnétiques du sous-sol, ressenties et mesurées par le sourcier. Mais il ne faut pas croire pour autant qu'elles l'intriguent au point de les rendre responsables de tous les maux. Paul Thévenot n'est ni un fanatique du pendule, ni d'ailleurs de la tronçonneuse : « Lorsque je suis en face d'un végétal visiblement perturbé, j'analyse d'abord et diagnostique ensuite. Je vérifie s'il ne souffre pas d'une attaque de parasites ou de quelque maladie cryptogamique, s'il n'a pas subi une mauvaise taille ou s'il a été mal nourri... Si tout est en ordre de ce côté-là, alors, en dernier recours, je cherche ce qu'il y a en-dessous, à savoir si le terrain et l'environnement lui conviennent...» Selon ses conclusions et dans la mesure du possible, le sujet sera soigné ou transplanté ailleurs... Certains assimilent, un peu hâtivement sourcier et sorcier. Paul Thévenot estime : « Ça n'engage que moi mais le sorcier cache son savoir pour ne pas le partager avec autrui alors que le sourcier, lui, souhaite divulguer ses connaissances.» Pour lui, tout le monde est capable de travailler avec une baguette ou un pendule, simplement avec plus ou moins de talent. Certaines personnes bénéficient d'un potentiel magnétique supérieur au commun des mortels mais les autres peuvent l'acquérir en s'entraînant : « C'est un nouveau langage à étudier, avec beaucoup de volonté et de persévérance. Il faut surtout savoir que la démarche d'un sourcier doit être totalement désintéressée. L'appât du gain embrouille la mémoire d'analyse et, par conséquent, les résultats sont faussés...»
LA PANOPLIE DU PARFAIT SOURCIER
Paul Thévenot possède de nombreux « outils » qui lui permettent de chercher de l'eau ou des failles sur un simple plan, une carte géographique ou un terrain. Il lui arrive encore d'utiliser les baguettes en L. Très sensibles, elles réagissent au moindre changement de potentiel électrique. Il emploie fréquemment aussi le pendule qu'il manipule avec la dextérité et la rapidité de l'homme de l'art mais il travaille le plus souvent avec sa baguette fourchue, bien tenue des deux mains. Modernisme oblige, le plastique aura bientôt remplacé le coudrier mais la détection a conservé sa précision. Sur les poignées, quelques bagues colorées font office de repères. Elles correspondent toutes à un cas particulier (source, faille, cavité, réseaux Hartmann ou Curry) et relient le mental du sourcier à sa baguette : « En fixant mon attention sur une bague, je règle le niveau de recherche de la baguette qui plonge vers le sol dès qu'elle passe au-dessus du phénomène recherché...» Si la découverte d'une source souterraine est devenue une affaire courante, Paul Thévenot pousse désormais ses investigations en étudiant les manifestations vibratoires des pierres, exploitées déjà il y a des milliers d'années pour harmoniser toute une région. Il a posé, dans son verger, un petit menhir sur un croisement nocif afin de modifier les effets négatifs en positifs. Les premiers résultats sont encourageants : sans aucun traitement, les arbres sont sains et très productifs. Une expérience similaire fut tentée au potager mais là, le bilan n'eut rien de significatif : « Le volume de la pierre est un facteur très important qu'il me reste à déterminer.» Tout est dans l'équilibre de force des éléments. Paul Thévenot le sait bien. Son but, avoue-t-il, est de retrouver l'équilibre de la nature où l'homme a sa place parmi tout ce qui vit.
Paul Thévenot : « En tant que sourcier, je souhaite divulguer mes connaissances...»
La panoplie du sourcier...











