Dès 10 h, ce matin, à Sainte-Marie-aux-Mines, les agriculteurs de montagne scient et schlittent du bois, forgent, fauchent, moissonnent, traient... Rendez-vous au-dessus du camping « Les reflets du Val d'Argent».
LE VAL D'ARGENT, c'est un tableau de verdure, précisément de pâturages et de forêts que la déviation de Lièpvre et Sainte-Croix-aux-Mines a mis en relief. Quelques vaches, des clôtures, un peu de maïs en aval de Lièpvre, des maisons dispersées dans les montagnes témoignent de l'activité agricole dans ce canton plus connu pour son industrie que les produits du terroir. Et pourtant...
A chaque fête des paysans du Val d'Argent, la profession se rappelle aux bons souvenirs des habitants, des estivants et... des élus. En donnant rendez-vous au-dessus du camping « Les reflets du Val d'Argent » à Echery (Sainte-Marie-aux-Mines), elle prouve aujourd'hui une nouvelle fois son intention de jouer pleinement son rôle social, économique et de gardien de l'environnement dans cette vallée qui affirme, d'année en année, sa vocation touristique.
VENTE DIRECTE
On recense tout de même près de 80 élevages dans la vallée ! Une quarantaine est entre les mains d'hommes ou de femmes dont c'est l'unique gagne pain. Plus d'une exploitation sur quatre vend elle même, directement, sa production de fromage, de miel, de saucissons, de volailles, de foies gras, etc. Une dizaine offre des « Gîtes ruraux » à des vacanciers qui souhaitent, dans le cadre d'une ferme de montagne, passer quelques jours de repos. Six fermes ont aussi ou souhaitent obtenir l'appellation « Ferme auberge». Jean-Pierre Rosfelder, producteur de foies gras au Frarupt à Lièpvre a eu, ces jours-ci, l'accord du préfet pour monter une auberge ayant le statut « Bienvenue à la ferme». Il avait déposé son dossier il y a deux ans et a déjà pris contact avec son banquier pour le financement des travaux qui pourraient démarrer dès cette année. Le projet monté dans la cadre d'un Pam (plan d'amélioration matérielle) a obtenu l'accord de la Direction de l'action sanitaire et sociale, du service vétérinaire et de la sécurité pour l'obtention des subventions du Conseil régional. A l'Auberge du Creux Chêne, Ginette Wenger a déjà accueilli la commission chargée d'attribuer le label « Ferme auberge». Elle attend la réponse.
LES CHIFFRES
Dans le district du Val d'Argent (sans Aubure), l'agriculture occupe 1383 ha, soit 17,28 ha en moyenne par élevage. On a dénombré, ce printemps 1111 bovins sur 64 élevages soit une moyenne de 17 bovins par élevage. Egalement 2000 canards, un cheptel ovin de 700 bêtes, une soixantaine de chevaux et poney, une basse cour de 2000 canard, 500 poules, oies, dindons destinés à la transformation. « Ces réalités cachent une grande disparité entre les chiffres d'affaires, les taux d'endettement, le dynamisme ou la capacité de réaction de chacun. Etant donné les difficultés d'exploitation dans notre vallée, l'élevage bovin ou ovin ne dégage plus de revenu de par sa production et la dépendance aux aides compensatoires est grande », explique Eric Petit, le syndicaliste de la vallée. Ces éleveurs qui produisent des bêtes élevées en pâturage, à partir de l'herbe de nos montagnes (et non de farine) subissent malheureusement comme tous leurs collègues les contrecoups de la crise du boeuf. Un veau de huit jours leur est payé 60 % moins bien qu'il y a une année ! En mai dernier, ce paysan sainte-marien touchait 2600 F pour deux veaux. Pour deux bêtes tout à fait semblables, le maquignon lui proposait seulement 1200 F au mois de juin ! « Les éleveurs qui adhèrent à une charte qualité et travaillent avec le Coopérative des viandes d'Alsace (marque Lieselheim) ou avec la coopérative de viande de Lapoutroie s'en sortent mieux », constate Eric Petit qui rumine un projet de production de viande sous label. « Il y a, dit-il, un marché pour la viande de qualité provenant de bêtes élevées à partir de l'herbe. D'ailleurs, les marchés actuels ne sont plus rémunérés. On réfléchit à tout, veau de lait, porc, agneau,... On pourrait mettre les services vétérinaires dans le coup pour faire un local de découpe de viande. Notre idée : faire des lots de 15/20 kg de viande certifiés avec le nom du producteur. Qu'il y ait vraiment un cachet d'authenticité».
UNE FERME PÉDAGOGIQUE
Ces paysans ont d'autres souhaits : celui de mettre en place une signalisation des fermes qui font de la vente directe et du tourisme, celui de mieux aménager (goudronner par exemple) les voies d'accès, de fournir les commerçants, restauration rapide et industriels par le biais, par exemple, de comités d'entreprise... Ils songent à la mise en route d'une ferme pédagogique à la Côte d'Echery. Ils rêvent d'un musée agricole et cherchent à récupérer des machines. Ils souhaitent aussi un accompagnement pour les 40 éleveurs qui ne sont actuellement, dans aucune structure de développement. « Cela pourrait être aussi l'une des missions de l'agent de développement », estime Eric Petit. Mais aujourd'hui, place à la fête. Tout au long de la journée, ces agriculteurs vont montrer leur savoir faire. D'ailleurs le traditionnel succès de cette manifestation s'explique par le nombre des animations et l'enthousiasme que la famille professionnelle investit pour montrer au mieux ce qu'est et a été leur vie d'agriculteurs de montagne.
On recense tout de même près de 80 élevages qui ont besoin de foin et de regain. Une quarantaine est entre les mains d'hommes ou de femmes dont c'est l'unique gagne pain.
(Photo « L'Alsace»)











