Le syndicat des transports de Mulhouse a commandé début juillet une étude approfondie sur le tram hybride : un tramway capable d'utiliser également les voies SNCF. Le système est encore peu connu en France.
HYBRIDE est un qualificatif peu engageant, avec son « h » pointu et son « y » agressif. Le mode de transport en commun en site propre sur lequel le Sitram (Syndicat des transports en commun de l'agglomération mulhousienne) a pris une option s'appelle pourtant comme ça : un tram hybride. Le syndicat intercommunal a commandé une étude très fouillée sur ce système-là, après avoir écarté d'autres options.
Hybride ? Le système a pour particularité de faire circuler un matériel léger alternativement en site propre en ville, au milieu de la circulation routière, et sur des voies ferrées classiques. Autrement dit, il remplit à la fois les fonctions d'un tramway urbain que rien ne distingue des autres et d'un train de banlieue -voire d'un express régional. Sans que les voyageurs se rendent compte qu'ils passent d'un réseau à l'autre. Et sans, bien sûr, qu'ils aient à changer de voiture.
160 000 HABITANTS
Ce dispositif n'existe pas encore en France. On le rencontre dans quelques villes d'Europe comme Karlsruhe ou Manchester. Mais un projet suit son cours à Sarrebruck-Sarreguemines. La matériel utilisé doit évidemment être compatible avec les deux types de réseaux : tram et train. Pourquoi ce côté train ? Pourquoi pas seulement un tram urbain classique dont une première étude a montré qu'il « est bien à la portée de l'agglomération » mais qu'il « demande, du fait de son coût, à être développé par étapes » ? Parce que, a estimé le syndicat intercommunal, la formule du tram hybride permet de changer d'échelle dans la zone de desserte pour un coût qui n'est pas tellement plus élevé. La première tranche du réseau de tram urbain comporterait deux lignes : Bourtzwiller-gare (4,1 km, 9 stations) et Coteaux-Porte Jeune (5,1 km, 11 stations). Il va de soi que ces deux axes lourds constitueraient les épines dorsales d'un réseau Tram continuant, comme aujourd'hui, d'être irrigué par des lignes de bus. C'est à cela que se limiterait un tram classique. Le plus du réseau hybride consisterait dans des raccordements avec diverses voies SNCF. Ce qui constituerait, à moindres frais puisque ces voies ferrées existent, un réseau tram/train nettement plus vaste, desservant une population de 160 000 personnes habitant à moins de 600 m d'un arrêt contre 60 000 pour un tram classique. Quelles voies ferrées ? Strasbourg-Mulhouse et Mulhouse-Belfort sont exclues en raison de l'importance du trafic de trains qu'elles supportent déjà. En revanche, l'option tram hybride prévoit, dès la première tranche, des dessertes péri-urbaines qui pourraient même, sur certaines lignes, se substituer aux services TER classiques. Tous rails confondus, la longueur du réseau hybride atteindrait ainsi, dès la première tranche, 57 km (contre 8,2 km pour le réseau tram urbain classique), pour un coût d'investissement prévisionnel de 1,1 milliard (contre 847 millions) toujours pour la première tranche. Trop cher ? Le tram seul, on l'a vu, serait financièrement dans les clous par rapport à des agglomérations équivalentes. Mais la comparaison est difficile : le tram hybride, lui, change totalement de dimension et dépasse le cadre de l'actuel réseau Tram.
FONCTIONNEMENT ?
Dans tous les cas de figure, il reste acquis que l'investissement doit se faire sans surcoût pour les communes, au moyen d'emprunts remboursés sur une hausse du versement transport des entreprises et par une contribution d'Etat qui se situe autour de 25 % pour ce type d'infrastructure. Dans le cas du réseau hybride, la zone de prélèvement du versement transport serait plus étendue. Des contributions de la Région et du Département pourraient être sollicitées. Et s'agissant d'une opération pilote, il existe un espoir raisonnable de décrocher une contribution européenne. Reste la question du fonctionnement. L'étude en cours a aussi pour objet de mieux cerner cet aspect. Dans sa dernière réunion, début juillet, le Sitram espérait disposer au printemps prochain des éléments nécessaires pour prendre une décision.
Le futur (?) tram de l'agglomération mulhousienne ne ressemblera pas forcément à celui de Strasbourg : les « robes » peuvent être taillées sur mesure par les constructeurs. Par contre le tram hybride est un peu plus large.











