Décédé depuis peu, l'ancien président des forains était un habitué de la kermesse mulhousienne.
« J'ai un peu grandi sur la fête foraine de Mulhouse. Et j'ai vu grandir plusieurs générations de Mulhousiens, d'année en année sur le champ de foire...», avait coutume de dire Eugène Balga. Il ne plaisantait qu'à moitié.
300 000 VISITEURS ?
La fête était l'univers et la raison d'être de cet enfant de la balle, qui a fait ses premiers pas au milieu des stands de tir, des loteries et des bonimenteurs. « Je sais qu'avant 1900 mon père était déjà présent à la fête foraine de Mulhouse. A l'époque, elle se tenait devant la gare, jusqu'au moment où un incendie a détruit la plupart des baraques, qui étaient en bois. Il existe encore des cartes postales sur cet événement. Après la guerre de 14-18, la foire est allée place du 14 Juillet...» Un lieu quelque peu excentré à l'époque, soit dit en passant... Eugène Balga - qui est décédé depuis peu - était l'encyclopédie de la fête : « Les premiers manèges ont fait leur apparition vers 1850. La traction s'opérait à bras d'homme. Puis il y a eu les chevaux, la vapeur, l'électricité...» Un progrès ? Sans doute dans l'intensité des sensations proposées au public : « La technologie nous apporte beaucoup d'avantages du point de vue attractivité. A condition de ne pas tomber dans l'enfer électronique. A mon avis, c'est le gros danger qui nous guette...» Mulhouse ? Une foire réputée chez les professionnels. « C'est vraiment une halte que nous aimons tous. Et qui marche bien...» La mémoire d'Eugène Balga était pleine d'images et de voix provenant de la place du 14 Juillet - et la nostalgie était souvent au rendez-vous lorsqu'on le retrouvait chaque été à Mulhouse : « Je me souviendrai toujours des enfants, les meilleurs supporters de la fête. Parfois, au moment de partir, on voyait les gosses pleurer lorsqu'on démontait les manèges. Je vous jure que c'est vrai...»
LE PLUS POPULAIRE
« Nous sommes le spectacle le plus populaire, celui qui attire le plus de monde dans une ville et nous ne coûtons rien au contribuable...», se plaisait à répéter celui qui était devenu aussi vice-président national du Syndicat des industriels forains. « Sans doute une soirée à la fête peut revenir cher. Mais elle peut aussi offrir un spectacle absolument gratuit à celui qui ne veut pas dépenser un sou...» Des risques de dérapage ? Le vétéran Balga - qui en avait vu de toutes les couleurs - posait le problème autrement : « La fête canalise la violence, lui permet de s'exprimer d'une manière acceptable. En dépit de foules très fortes, il y a très peu de bagarres ou de conflits. Les autos-tamponneuses par exemple permettent à chacun de faire derrière un volant ce qu'il ne peut pas faire sur la route. Le reste à l'avenant. La fête, c'est l'exutoire ! Ajoutez le côté rencontre, drague, et le tableau sera complet. Nous répondons évidemment à un besoin...» Foule ? C'est indéniable. Mais combien ? Impossible à chiffrer. « En Allemagne, on a utilisé des photos aériennes prises à différents moments pour essayer d'évaluer le nombre de visiteurs...» Mais l'ancien préférait une autre méthode : « On compte les sous et on divise par deux ou trois. Je plaisante, bien sûr...» Reste le pifomètre de celui qui connaît : « A Mulhouse, il y a 300 000 personnes qui passent à la foire. Et encore, je dois être au-dessous de la vérité...»
EMILE MULLER
La voix d'Eugène Balga s'est tue, le sourire de sa moustache blanche s'est estompé. La fête continue. Cette année encore, elle sera la manifestation qui attire le plus grand nombre de visiteurs à Mulhouse. Combien de fois l'ancien porte-parole des forains a-t-il coupé le ruban d'inauguration de la place du 14 Juillet ?« La dernière fois que je suis monté sur le grand huit, c'était avec Emile Muller...», se souvenait-il en 1989.
Eugène Balga au cours d'une des très nombreuses inaugurations de la foire qu'il a vécues. Ici, avec JMB au volant. La fête continue...
(Photo « L'ALSACE »-Daniel SCHMITT)











