Il y a quelques jours, le cockpit de l'avion du commandant Arnaud, abattu par la DCA allemande en 1944, est sorti d'un grenier. Et avec lui, les vieux souvenirs. Deux témoins oculaires de la scène ont décidé d'évoquer ce jour où un P47 s'est abattu en flammes au-dessus de Roppe.
DANS NOTRE édition du jeudi 1er août, nous consacrions un article à la réapparition du cockpit de l'avion du commandant Arnaud. Un cockpit qui, après avoir dormi 52 ans dans le grenier de la famille Perrieux à Bessoncourt, a refait surface ces derniers jours. Suite à cet article, deux témoins direct de la scène, qui ont vu l'avion en flammes s'abattre, ont choisi d'apporter certaines précisions sur la façon dont le commandant Arnaud a rejoint le carré des héros de la seconde guerre mondiale. C'est bien volontiers que nous leurs ouvrons nos colonnes.
André Adam, le lundi 12 septembre 1944, se trouvait dans une ferme de Montreux-Château que les Allemands avaient investie quelques jours auparavant. « Il était environ 16 h 00, se souvient ce retraité de la police nationale, lorsqu'un garde s'est mis à brailler. On est tous sorti dehors pour voir ce qui se passait. Moi, j'ai aperçu en direction de Roppe une boule de feu qui chutait vers le sol. C'était l'avion du commandant Arnaud. Il venait d'être touché par la DCA allemande.» Paul Delabre assistera lui aussi à la scène, mais sous un angle différent. Le 12 septembre 1944, il se trouvait à Belfort. « Je suivais du regard deux chasseurs qui survolaient la forêt de l'Arsot. Soudain, j'en ai vu un se transformer en boule de feu, il avait sans doute été touché au réservoir d'essence.» Les deux P 47 de l'escadrille « Lafayette », qui venaient de décoller d'Ambérieux dans l'Ain, partaient pour une mission en zone occupée. Quelques jours auparavant, le commandant Arnaud avait déjà mitraillé un train d'essence de l'armée allemande en gare de Montreux-Vieux. Cette fois, l'affaire allait tourner court.
SQUELETTE
Au-dessus de Roppe, son appareil -qui vole à basse altitude- est fauché par une batterie antiaérienne et s'écrase, après une violente explosion, au lieu-dit « Grand-bois». « C'était un terrain marécageuxavec des mûriers. Juste après l'impact, explique André Adam, des soldats allemands sont partis avec des chiens policiers à la recherche du pilote. Mais sans résultat.» Un an plus tard, en août 45, une institutrice, Mlle Veith, partie cueillir des mûres avec sa fille, tombe sur les débris de l'appareil. A environ 400 m de là, elle découvre avec horreur le squelette d'un homme à moitié enfoncé dans le sol, et les restes d'un uniforme de l'armée de l'air. Le commandant Arnaud, éjecté de son appareil, n'a pas eu le temps d'actionner son parachute et c'est la petite institutrice qui, un an plus tard, tire sur la poignée qu'elle a pris pour une canne. « Le corps du commandant, se rappelle André, sera tout d'abord enterré au cimetière de Phaffans. Sur sa tombe, ont été disposées deux des mitrailleuses retrouvées sur son appareil, dont une a été volée ultérieurement. En 1947, ses restes seront transférés au Mont-Valérien, près de Paris.» Et à l'emplacement où le corps a été retrouvé, on peut toujours voir, aujourd'hui, une croix dépouillée. André et Paul, eux, sont allés patrouiller des années plus tard sur les lieux où l'appareil s'est abattu. Il sont allés sonder la terre meuble avec « leur poêles à frire.» « Grâce aux détecteurs à métaux, on a pu découvrir des restes de l'appareil qui n'avaient pas été exhumés.» Le P 47 Thunderbold n'a peut-être pas encore livré tout ses mystères...
André Adam, à gauche, et Paul Delarbre ont vu l'avion s'abattre en flammes, et sans parachute à l'horizon...
(Photo « LE PAYS » -N.S.)
M. Marcel Villy, président de la Caponnière, dont nous avons évoqué jeudi le témoignage, près de la stèle élevée en mémoire du commandant Henri Arnaud à l'endroit où son corps a été découvert.
(Photo "Le Pays" D.B.)











