Feuilletons la collection de « L’Alsace » d’août 1958. Ouverture d’un cinéma immense — le plus grand de province.
Il y a 50 ans, le cinéma est encore roi. Les journaux publient régulièrement des encarts : « Allez au cinéma, le spectacle le moins cher ! » À l’époque, c’est vrai. En tout cas, c’est le spectacle le plus accessible. À tous les sens du mot. La télé est encore peu répandue, avec ses postes bombés, ses images en noir et blanc pas toujours très nettes, son unique chaîne française. À côté, les salles obscures offrent grands écrans et technicolor.
Un écran de 17 mètres
L’Alsace du jeudi 5 août annonce l’ouverture — à l’emplacement d’un autre cinéma, le Thalia, un théâtre reconverti — du must en la matière : le Rio. Dans un immeuble alors flambant neuf, situé avenue de Colmar, en face du débouché de l’avenue Schuman, alors rue de l’Espérance.
« Un des plus grands cinémas de province… », plastronnent les responsables : 1460 places — dont 790 en mezzanine (on disait plus communément balcon) et 670 en orchestre (parquet) ; une salle de 45 mètres sur 22. L’écran de plus de 17 mètres sur 7,50, « le deuxième en France par ses dimensions », a nécessité « un transport spécial ».
Bref un super-ciné, doté d’une image et d’un son sans égaux. Un vaisseau. « Deux caisses à l’entrée », un hall de la presse. « Des spectacles de variétés peuvent également y être donnés… » Et il y en aura !
Premier film à l’affiche, L’eau vive. Le Rio projettera toutes les grosses superproductions américaines : Ben-Hur, Les Dix commandements, Alamo, Spartacus, etc. En ces temps sans télé, le film est précédé d’« actualités cinématographiques » Pathé ou Gaumont.
Exécution d’un condamné
Nettement moins drôle. Dans ce qui va suivre aussi, nous avons complètement changé d’époque. « Jean-Claude Vivier a été guillotiné hier à l’aube… » Le journal relate l’exécution de ce jeune homme qui a tué pour voler une voiture. Récit détaillé. Prévenu quelques minutes auparavant, le condamné vit ses derniers instants « calme mais très pâle ». Il demande à son avocat de l’accompagner jusqu’à la guillotine. « Il accepta de communier mais refusa le verre de rhum et la cigarette… », précise l’article.
Parallèlement, les temps nouveaux s’esquissent. Le référendum sur la nouvelle constitution, celle de la Ve République, aura lieu fin septembre. Un chroniqueur évoque « le temps des fusées ». Il s’appelle Albert Ducrocq et sera pendant des années le spécialiste attitré d’Europe 1 pour les questions spatiales.











