Après le solde pour tout compte de l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais (285 millions d’euros aux frais des contribuables, plus les intérêts), on s’achemine vers le solde de l’affaire des frégates de Taïwan, dans laquelle le parquet vient de requérir un non-lieu général. C’est l’été du nettoyage par le vide !
L’affaire des frégates est l’un des plus grands scandales des années Mitterrand. On peut la comparer à une bombe à fragmentation, car elle a éparpillé une multitude de sous-munitions parfois mortelles. En Asie, elle a coûté la vie à un haut gradé de la marine taïwanaise. En France, on déplore la mort étrange de l’officier de la DGSE en poste à Taipei au temps de la transaction – il serait tombé par la fenêtre à Paris – ainsi que d’innombrables affaires dans l’affaire. La plus « people » a été la liaison entre Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères, et Christine Deviers-Joncour. La plus ténébreuse concerne le rôle d’Alfred Sirven, bras droit du patron d’Elf, et la dernière en date n’est autre que l’affaire Clearstream.
Les juges qui ont tenté de démêler ce salmigondis se sont vu opposer le veto de trois ministres des Finances successifs, de gauche et de droite : Laurent Fabius, Francis Mer et Thierry Breton ont invoqué le secret défense. Ce n’est pas parce que le dossier est vide que les juges se sont heurté à un mur, c’est parce que la vérité gênerait trop de monde.
Un non-lieu effacera l’ardoise… mais pas pour les contribuables français. La dernière sous-munition non encore explosée risque de se chiffrer en milliards d’euros. Elle prévoit le remboursement du prix des frégates s’il est prouvé que des pots-de-vin ont été versés. Or, l’État français s’était porté garant, et la procédure taïwanaise continue. Si un non-lieu en France met les principaux protagonistes à l’abri des poursuites, le cochon de payant reste en première ligne. Et pour lui, il n’y aura pas de prix… soldé.











