L’édition 2008 du Festival aux Chandelles s’est ouverte dernièrement avec un récital de Jean-Marc Luisada, dédié à Chopin et Brahms
Les concerts organisés par Renée Kuhn, Miklos Schön et leur dynamique équipe de passionnés sont des moments d’intense émotion, que l’on savoure avec délectation. Dans l’atmosphère chaleureuse et intimiste de Saint-Pierre-sur-l’Hâte le contact avec le génie musical, grâce à la proximité de l’interprète, se noue avec une immédiateté magique et quasi mystique.
Un romantisme pudique et poétique
Avec Jean-Marc Luisada, le charme opère dès les premières notes, surtout dans le répertoire romantique. La première partie dédiée à Chopin a permis d’entendre des Nocturnes empreints d’un lyrisme profond et intime restitués avec naturel et simplicité, sans trace de cette afféterie qui parfois dénature l’émotion. Dès le premier de l’opus 9, s’est révélée toute la poésie dont Jean-Marc Luisada sait parer ces pages. Les doigts volatiles, effleurant d’une caresse le clavier, ont laissé s’échapper avec une grâce infinie les mélodies ailées ; mais la voix a su aussi se faire impérieuse et ménager des contrastes éloquents. Les tempos, souvent retenus, avec un rubato personnel et fort accentué, ont donné à l’auditeur à la fois le sentiment d’une appropriation du texte par l’interprète et celui d’une redécouverte de partitions bien connues, comme la Barcarolle opus 60. Dans la Polonaise-Fantaisie, Jean-Marc Luisada a retrouvé le ton de l’improvisation aux multiples sautes d’humeur, alliant, dans un long cheminement narratif, l’ironie aux grands élans lyriques, les trilles tintinnabulants aux orages romantiques.
Humanité et générosité
Dans les trois derniers opus de Brahms, on a retrouvé la même humanité, profonde mais sans pathos. Qu’il s’agisse de pièces légères et délicatement chantantes, ou plus austères dans leur développement tendu, Jean-Marc Luisada a su faire percevoir l’intensité du drame toujours sous-jacent. Ainsi le troisième Intermezzo de l’opus 117 a pris l’allure d’une errance douloureuse et désespérée, sans toutefois perdre sa forme de lied. Dans la Ballade de l’opus 118, l’emportement et la flamme n’ont pas occulté la poésie délicate de l’épisode central. L’Intermezzo initial de l’opus 119 s’est paré de couleurs chaleureuses, tandis que dans la Rhapsodie Jean-Marc Luisada a donné à son piano la vigueur orchestrale qui (avant quatre bis généreux !) a conclu le récital avec puissance et brio.











