La décision abrupte de Justine Henin de mettre un terme à sa carrière est éminemment respectable. Les sacrifices, les voyages, l’usure, l’exigence du tennis de haut niveau, la baisse de motivation d’une championne qui a tout gagné sauf Wimbledon : les explications ne manquent pas, toutes plus recevables les unes que les autres.
Et pourtant, c’est énervant, cette tendance à se retirer au sommet. Un peu comme une personne qui ronfle à côté de vous : ce qui est insupportable, ce n’est pas qu’elle ronfle, mais qu’elle dorme et pas vous. Pour la Belge, c’est pareil. Ce qui est agaçant, quand on se retire au sommet, c’est qu’on l’a atteint, le sommet.
Dans l’Hexagone, on rêve du joueur ou de la joueuse de tennis qui dira, en pleine gloire : « Stop, j’arrête là. J’ai fait sauter la banque, j’empoche l’oseille, j’achète une île. Ciao tout le monde ! ». Mais aujourd’hui, les joueurs français usés, fatigués, démotivés naviguent déjà en fond de cale et vont traîner leur raquette comme des âmes en peine sur l’ocre de Roland-Garros, sous les lazzi de spectateurs désabusés.
Non, vraiment, il n’y a aucun mérite à se retirer au sommet. Le vrai héros, c’est ce joueur qui ne gagne pas un match, qui ne met pas une balle dans le court au 1er tour et qui s’accroche quand même. On a juste envie de lui dire : chapeau, loser. Après tout, que serait un champion sans perdant ?











