Hervé Morin, ministre de la Défense, était hier en visite au Quartier Plessier. Alors que l’armée s’apprête à subir une nouvelle vague de restructurations, le gouvernement entendait ainsi mettre en avant une ville qui a su rebondir après avoir vécu le « désastre » d’un départ de régiment.
« Toutes les réformes sont difficiles, c’est pourquoi l’aspect pédagogique est important. Je suis ici car ce qui a été fait à Altkirch, grâce à l’action du député-maire et des élus, est exceptionnel. » Debout à la tribune, Hervé Morin ne tarit pas d’éloges sur son hôte du jour. Assis face à lui, Jean-Luc Reitzer ne boude pas son plaisir. Et on le comprend : après l’annonce des fermetures du tribunal d’instance et du conseil des prud’hommes, voir un ministre venir à Altkirch encenser « la réussite » que constitue la reconversion du Quartier Plessier est toujours bon pour le moral.
Le ministre de la défense, Hervé Morin, était donc hier à Altkirch pour une visite au pas de charge du Quartier Plessier. L’enjeu est de taille : le Livre blanc sur la sécurité et la défense, qui doit paraître prochainement, s’apprête en effet à officialiser de nombreuses restructurations au sein de l’armée sur tout le territoire national, en particulier des dissolutions de régiment. Une « catastrophe » dont Altkirch a malheureusement une grande expérience, suite au départ en 1993 du 8e régiment de Hussards. Mais de ce triste événement, la ville a su faire un atout : l’opération de reconversion du Quartier Plessier en pôle économique, bien que difficile et semée d’embûches, est aujourd’hui saluée comme une réussite.
La visite ministérielle avait donc un double objectif : d’une part, justifier les réformes entreprises au sein de la défense, d’autre part, montrer, au travers d’Altkirch, l’exemple d’une ville qui n’a pas baissé les bras et a su faire d’un désastre une réussite. Sur le premier point, Hervé Morin a multiplié les exemples pour faire admettre la « nécessaire adaptation » des armées aux menaces d’un monde en pleine évolution, en citant notamment le terrorisme et les cyber-attaques. Sur le second point, Jean-Luc Reitzer est longuement revenu sur l’historique de la reconversion du Quartier Plessier, « un site qui accueille aujourd’hui 555 emplois, et il y en aura 250 de plus à court terme », explique-t-il. Industrie, administration, artisanat, le site constitue selon l’élu un « levier majeur » pour la ville et son commerce.Personne n’aurait pu prédire un tel succès en 1993 : « Lors du départ du 8e Hussards, la Ville a perdu 191 militaires de carrière et 755 appelés du contingent, soit 20 % de la population altkirchoise », a-t-il rappelé. L’événement a eu des conséquences désastreuses sur de nombreux plans : fermeture de commerces, élèves en moins dans les écoles, logements vacants… « Bref, il a fallu se battre et établir une véritable stratégie de reconversion », dira le maire. Une stratégie qui a notamment consisté à rassembler les fonds nécessaires à l’opération, grâce aux aides de l’Europe, de l’État, de la Région et du Département (6 642 256 , soit 36 % de la dépense totale). Les clés du succès ? « Apporter une réponse intercommunale, posséder la maîtrise foncière, mettre en œuvre une politique d’incitation fiscale, accompagner les commerces dans leur développement », cite pêle-mêle Jean-Luc Reitzer, qui estime que le Quartier Plessier est aujourd’hui « le moteur d’une énergie nouvelle. »
Ambassadeur
De l’expérience vécue par Altkirch, le député-maire tire quelques conseils à destination des villes concernées à l’avenir par les restructurations : solliciter l’aide de l’Europe, fédérer les villes et les collectivités touchées, ou encore soutenir toutes les expériences et projets innovants. Autant de conseils qui ont valu au député-maire de se voir proposer par le ministre une mission « d’ambassadeur », afin d’aller expliquer aux élus sur le terrain la marche à suivre pour se relever d’une fermeture de régiment.
L’après-midi s’est poursuivie par une rapide visite de différentes entreprises et services installés sur le site : Domena, la Poste, l’ANPE, l’Usine métallurgique d’Altkirch, ou encore l’antenne du Conseil général, Hervé Morin a pu mesurer le travail accompli. « Les choses ne peuvent se faire que s’il y a une volonté. L’exemple d’Altkirch est un exemple pour nous tous », dira-t-il en quittant le Sundgau.











