Le mur de soutènement de la ligne de chemin de fer, entre l’allée Scheurer-Kestner et la Rochelle, communément appelle Schwartamagamüra parce que l’assemblage de ses pierres ressemble à une pièce de charcuterie composée d’abats, genre « presskopf », est sur le point de disparaître derrière des plaques de béton (photo ci-dessous). Avec lui disparaît un pan de l’histoire sentimentale et amoureuse de milliers de couples thannois. Depuis sa construction, vers 1862, sa situation au bord d’un chemin peu fréquenté bordé d’arbres séculaires en avait fait le lieu de rendez-vous galant de la jeunesse thannoise. Les amoureux y trouvaient un calme discret, tout au plus rompu par les moqueries des gosses du quartier cachés sur le remblai pour les épier. Je sais par expérience personnelle que ce voyeurisme des garnements ne les gênait guère. Combien de filles et de garçons ont échangé leurs premiers serments au pied du mur ? Combien de nos jeunes et jolies concitoyennes ont poussé dans la verdure étalée à ses pieds leurs premiers soupirs ? Combien d’amoureux se sont juré fidélité pour l’éternité ? Combien de couples profitant de la complicité des nuits sans lune ont mis la charrue avant les bœufs ? Combien de nos concitoyens doivent la vie à quelques folies érotiques écloses sous son ombre protectrice ?
Depuis la mise en place de la déviation, le coin avait perdu son charme et sa faculté d’inciter les amoureux au « péché ». Mais la « Schwartamagamüra » était une stèle commémorative rappelant à nombreux de mes concitoyens les folles galipettes amoureuses de leur jeunesse. Certes rien ne résiste au progrès ! Mais peut-être qu’un décideur fera apposer une plaque pour signaler le passé coquin du mur caché sous le béton ? Si ce tenant de la nostalgie d’un passé frivole existe, je me ferai un plaisir de pondre quelques rimes souvenir !











