La cour d’assises spéciale de Paris a condamné hier à la réclusion criminelle à perpétuité Yvan Colonna pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, sans toutefois décréter une période de sûreté de 22 ans.
« Aux 36 questions sur la culpabilité, il a été répondu oui à la majorité », a annoncé le président Dominique Coujard après cinq heures de délibérations des sept juges.
En sweat-shirt noir, Yvan Colonna, 47 ans, qui a toujours clamé son innocence, attendait le verdict bras croisés. Il s’est alors dressé, brandissant le poing, puis, une fois menotté, il a levé ses mains jointes en direction de sa famille, massée au premier rang de l’audience. « Un’pienghjite micca » («ne pleurez pas » en langue corse), a-t-il lancé à son père Jean-Hugues et sa sœur Christine, effondrés, tandis que sa compagne Pierrette ne laissait rien paraître.
De la salle d’audience, c’est elle qui appellera sur son téléphone portable le fils qu’elle a eu avec l’accusé, Jean-Baptiste (17 ans), pour lui annoncer le verdict. C’est elle aussi qui rassemblera le clan pour quitter le tribunal. Massés dans la salle, des sympathisants nationalistes ont crié plusieurs fois « liberta », ou « Staline, Sarkozy merde ».
« Nous allons faire appel »
Dès la fin de l’audience, l’un des avocats du berger de Cargese, Me Antoine Sollacaro, a crié à « l’erreur judiciaire ». « C’est un verdict qui est prononcé dans un dossier absolument vide de preuve… Nous avions démontré qu’il était innocent. Donc, pour nous, le combat ne fait que commencer, nous allons faire appel dans les plus brefs délais », a-t-il dit.
Les magistrats ont reconnu coupable Yvan Colonna d’avoir participé en septembre 1997 à l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella (Corse-du-Sud), durant laquelle deux gendarmes avaient été pris en otage, et d’avoir été membre du commando des « sans nom » qui ont assassiné le préfet de Corse Claude Erignac le 6 février 1998. Quatre de ses six complices, déjà sous les verrous, avaient assuré que le berger était celui qui avait tiré les trois balles dans la nuque du plus haut représentant de l’État sur l’île.
Mais la cour d’assises spéciale, qui ne motive jamais ses décisions, semble avoir ignoré cet aspect et a condamné Yvan Colonna à la même perpétuité « simple » que les deux autres membres du commando, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, qui avaient reconnu leur présence sur les lieux.
« Je constate que cette action collective est interprétée comme collective et sanctionnée comme cela par la cour d’assises », a estimé l’avocat des parties civiles Me Benoît Chabert. Car si Yvan Colonna est jugé séparément, quatre ans après les autres conjurés, c’est qu’il s’était enfui dans le maquis en mai 1999, alors que la police s’apprêtait à l’arrêter, début d’une cavale qui allait durer plus de quatre ans.
Dénonciations
L’accusation reposait principalement sur les dénonciations des membres du commando et de leurs femmes qui, de mai 1999 -date des premiers aveux — à l’automne 2000, avaient avec force détails, placé Colonna au cœur du complot. A la barre, ils ont mis peu de conviction à expliquer leur revirement, au point que l’accusé lui-même s’était dit « peu satisfait de leur prestation ».
« Dans cette affaire, il y a beaucoup trop d’ombre, beaucoup trop d’incertitude et l’acquittement, on vous le demande au bénéfice du doute », avait plaidé Me Sollacaro. Les juges ne l’ont pas entendu.
À l’issue de ce procès, suivi par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), le verdict était attendu dans l’île. « J’espère qu’il n’y aura pas de conséquences violentes en Corse », a lancé Edmond Simeoni, figure historique du nationalisme.











