Au moins aussi concentrés que leurs filles volleyeuses, les parents des joueuses mulhousiennes ont vécu le match avec passion.
18h10 au Palais des sports. Alors que les gradins sont encore quasi déserts et que les joueuses viennent tout juste de débuter leur échauffement, Jean-Luc Bauer, lui, est déjà là. Fidèle au poste et déjà plongé dans son match. Enfin dans celui de sa fille Christina, plutôt.
Volleyeur professionnel durant 14 ans, lui sait mieux que personne l’importance de ces premières minutes dans l’arène, de ces premiers contacts avec le ballon, de ces premiers regards vers l’adversaire. Alors il ne rate rien de ce qui se tient déjà sur le parquet. Le regard forcément un peu plus tourné vers sa petite Christina (1,98 m tout de même), Jean-Luc est un papa heureux. « Fier aussi, glisse-t-il. Je suis heureux de tout ce qui lui arrive. Un match de Ligue des champions, c’est toujours un grand moment dans une carrière. Moi, par exemple, je n’ai pas eu cette chance. Avant, on disait à Christina qu’elle était la fille de Jean-Luc. Maintenant, c’est moi qui suis devenu le père de Christina. C’est la vie, c’est super ! »
Super, oui, à l’image du début de match des Mulhousiennes, d’ailleurs. L’ASPTT qui mène 8-4 après une poignée de minutes, Geneviève Magail, la maman de l’entraîneur Magali, en laisse tomber son bar et son étal de mauricettes. « Ne vous inquiétez pas, il y a quelqu’un qui a pris le relais. Elles jouent super bien, je ne peux pas rater ça. Allez, plus que cinq points, Martina fais nous un ace ! »
Sur la scène, les «postières» sont au rendez-vous et mènent encore la danse. Claude Faesch fait tomber la veste. Le show donne visiblement chaud. « Autant elles me faisaient mal au cœur la semaine dernière, autant là, elles me font plaisir ! Elles sont plus libérées, et moi aussi du coup. « Ouuuuaaaaaais », super Alexia ! On n’est pas loin de gagner le premier set là. »
« La blessure ? Je touche toujours du bois… »
24-22, Mulhouse tient deux balles de premier set entre ses mains. Mais le réveil italien est sans pitié et les «postières» se liquéfient au plus mauvais moment. On appelle ça un méchant coup sur la tête. « C’est pas possible, enrage Jean-Luc Bauer. Elles avaient fait le plus dur. Il faut vraiment qu’elles prennent conscience qu’elles ont le niveau. Le mental, c’est ce qui fait le « petit plus » à ce niveau. De l’extérieur, c’est assez frustrant. Ça l’est toujours d’ailleurs. Dans les gradins, on est impuissant. On aimerait servir à quelque chose mais c’est compliqué… On essaye juste de montrer qu’on est là et on essaye surtout de ne pas communiquer notre stress. »
Une dizaine de sièges plus loin, Claude Faesch est lui aussi passé du chaud au froid. Même s’il continue de serrer le poing et de se lever à chaque point mulhousien, il a bien compris que le combat ne va dorénavant plus être le même. « La machine italienne s’est mise en route, regrette-t-il. Il y avait de la place pour chercher un petit set, c’est dommage. Maintenant, j’espère qu’on va au moins soutenir la comparaison jusqu’au bout et qu’Armelle ne va pas se blesser. Je touche toujours du bois pour ça. »
Une heure et onze minutes après le coup d’envoi, le match est plié en faveur de Novara. En trois sets secs, les rêves des Mulhousiennes se sont envolés. Le Palais des sports, lui, est à nouveau quasi désert. Mais dans le lopin de tribune réservé aux parents des joueuses, Jean-Luc Bauer est encore là, les yeux dans le vague. « Comme ma fille, je suis déçu. Mais on fera mieux la prochaine fois… »











