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Truands sanguinaires et bas du plafond

Amateur d’un cinéma de genre ancré dans le réel, Frédéric Schoendoerffer plonge, avec «Truands», dans le Paris nocturne de gangsters sinistrement réalistes et sombrement violents.

Ce n’est pas le polar rigolo façon Les tontons flingueurs qui fait courir Frédéric Schoendoerffer. Encore que certaines répliques de Truands font songer, par leur ton politiquement incorrect, à du Michel Audiard pur jus. On se dit d’abord que c’est plutôt le style Jean-Pierre Melville qui le branche. Encore qu’à bien regarder, on ne trouve, dans le nouveau film de Schoendoerffer, aucune figure mythico-héroïque comme a pu l’incarner Delon dans Le samouraï.

En fait, il n’y a aucune trace d’un romantisme melvillien dans ce polar redoutablement glacial et sauvagement violent.

En trois films, Frédéric Schoendoerffer a délimité un cinéma de genre dépouillé, précis et réaliste. Scènes de crimes collait à la vie (pas marrante) de flics ordinaires. Agents secrets se penchait sur le sort d’espions sempiternellement floués. Avec Truands, le cinéaste se tourne cette fois vers l’univers des gros gangsters et les montre, coupés du monde normal, dans une bulle dont les maîtres mots sont fête, sexe, drogue et argent.

Au cœur d’une nébuleuse du crime, on trouve d’une part Claude Corti, parrain parisien (Philippe Caubère) régnant sur la nuit, entouré de porte-flingues et de vagues débiteurs et, de l’autre, Franck, tueur à gages solitaire et fatigué.

Truands ne raconte pas véritablement une histoire mais assemble des fragments de vies de gangsters avec ce que cela suppose de trafics ou de règlements de comptes, le tout sur fond de boîtes de nuit, de prostitution et de voitures puissantes.

Mais ce qui est véritablement frappant dans le film, c’est que les truands, ici, sont à la fois des brutes sanguinaires mais aussi des crétins profondément acculturés. Exit le romantisme du braqueur au grand cœur. Quant au code d’honneur, c’est carrément du pipeau. Corti est un prédateur hystérique et abject assis sur son magot et prêt au pire pour ne pas le perdre. Et autour de lui, c’est un sinistre concours de bas du plafond…

Si Truands souffre d’une interprétation inégale (marchant sur les traces de Signoret, Béatrice Dalle est, elle, extraordinaire dans une petite poignée de scènes), le film n’a pas de prétention documentaire (l’énorme fusillade sur le parking du supermarché est une épure d’où les passants sont bannis et la police est quasiment absente de l’aventure) mais la volonté sans doute de proposer aussi la métaphore d’une société contemporaine où règne la loi du plus fort.

Si l’hyperviolence de ce cinéma est bien réelle, elle ne fascine pas pour un sou. Et on n’imagine qu’on puisse s’identifier à ces bêtes monstrueuses.

Pierre-Louis Cereja

  • TRUANDS
    Policier (France — 1 h 47) de Frédéric Schoendoerffer avec Benoît Magimel, Béatrice Dalle, Philippe Caubère, Olivier Marchal, Medhi Nebbou, Tomer Sisley. Interdit aux moins de 16 ans.

  • Site officiel.
 


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