|
Après sa « Passion du Christ », Mel Gibson retourne derrière la caméra avec « Apocalypto », une aventure très violente et parlant le dialecte yucatèque…
De Mel Gibson, on était resté sur la très controversée Passion du Christ (2004), sa v.o. araméenne et son iconographie fortement sulpicienne et surtout sévèrement sanglante… Le réalisateur de Braveheart, son meilleur film, est de retour derrière la caméra avec une aventure épique, physique et violente qui a divisé la critique américaine… tout en prenant la tête du box-office dès sa première semaine d’exploitation.
Apocalypto raconte une histoire de traque et de survie très hollywoodienne sur fond de message prophétique, où la civilisation maya fait figure de prétexte exotique. On peut y voir une nouvelle preuve de la fascination maladive de Gibson pour la violence mais on y décèle également le sens de la belle image, un efficace sens du récit et une réelle capacité à la reconstitution.
Tourné au cœur d’une épaisse forêt du Mexique, sans vedette et en dialecte yucatèque, le film se situe à une époque incertaine (les historiens ont dénoncé une vision réductrice et déformée de la civilisation maya) qui voit cette civilisation sombrer dans la décadence. Dans ce monde frappé par les fléaux de la sécheresse, de la famine ou de la maladie, Patte de Jaguar, jeune chasseur habitant dans un village isolé de la jungle, mène une existence idyllique avec son épouse qui attend un deuxième enfant. Cette parfaite harmonie avec la nature bascule lorsque Patte de Jaguar est capturé par de féroces et sadiques guerriers. Ceux-ci entendent l’offrir en sacrifice aux dieux dans une cité maya au bord de l’effondrement… Il faudra alors au héros d’Apocalypto puiser au fond de lui-même pour surmonter ses peurs, échapper à la mort et revenir vers ceux qui lui sont chers.
Soucieux de toucher « viscéralement et émotionnellement les spectateurs au plus profond d’eux-mêmes », Mel Gibson glisse doucement d’une aventure plutôt anthropologique (avec quelques longueurs dans la première partie) au pur film d’action. Le contrat est rempli en dépit d’une séquence au comique grotesque, entre Rambo précolombien et Tintin et le Temple du Soleil et cette saga s’impose comme une histoire de traque efficace même si les scènes (inutilement) violentes risquent d’indisposer les spectateurs les plus fragiles…
Enfin, on peut s’interroger sur la contestable intention affichée par le réalisateur, pour qui « les événements qui ont précédé la chute de l’empire maya sont identiques à ceux qui secouent aujourd’hui notre société ». Car, en utilisant la culture maya comme métaphore de sa vision de la société contemporaine, Mel Gibson décline effectivement les clichés du mythe du « bon sauvage » et oppose, de manière simpliste, la douce cellule familiale et le redoutable
Etat.
Pierre-Louis Cereja
-
Apocalypto
Aventures (USA — 2 h 18) de Mel Gibson avec Rudy
Youngblood, Dalia Hernandez, Jonathan Brewer, Morris
Birdyellowhead, Carlos Emilio Baez, Amilcar Ramirez.
- Site
officiel.
Pierre-Louis
Cereja
|