| Pour
son retour en Hollande, Paul Verhoeven signe, avec
« Black Book », un film à laction
allègrement haletante. Et ouvre quelques
vieilles plaies.
Après
quelques années de disette à Hollywood
où il ne trouvait plus film à son
pied, Paul Verhoeven est revenu au pays pour y
tourner Black Book, un film qui, pour léconomie
cinématographique de la Hollande, a tout
de la production
hollywoodienne !
A cette nuance près que le cinéaste
batave est, cette fois, largement impliqué
dans un propos où son goût pour le
politiquement incorrect peut sexprimer pleinement.
De prime abord, Black Book apparaît un film
historique puisquil raconte les aventures
de quelques personnages dans la tourmente guerrière.
Mais, convaincu que la guerre est bien la dernière
des saloperies, Verhoeven sapplique surtout,
documents réels à lappui de
son scénario, à fouiller le passé
dune Hollande dans laquelle, à la
fin du conflit, salauds et héros avaient
fâcheusement et dangereusement tendance
à se confondre.
Ayant appris outre-Atlantique comment conduire
efficacement un récit, Verhoeven a
fait de son Black Book un thriller rythmé
et palpitant. On songe à ces séries
TV américaines où un rebondissement
intervient toutes les trois minutes. Dans la Hollande
sous le joug nazi, lexistence de la jeune
Juive Rachel Stein ne tient donc quà
un fil. Echappant à lextermination,
elle devient Ellis de Vries et rejoint la résistance.
Ayant croisé par hasard, le patron de la
Gestapo de La Haye, elle va se glisser dans le
rôle, hautement risqué, de lagent
double
Evocation grinçante des demi-teintes dune
époque troublée, Black Book est
construit autour du portrait dune parfaite
héroïne romanesque. Incarnée
par la lumineuse star hollandaise Carice van Houten,
Rachel/Ellis est au cur dun tourbillon
de violences, de tragédie, de sexe, de
traîtrises et de manipulations. Même
si Ellis, teinte en blonde (de partout !), couche
avec lennemi, elle reste droite, volontaire
et fidèle à sa mission.
Cette fausse Marlène Dietrich, sensuelle
en fourreau de soie, évolue, le cur
au bord des lèvres, dans un univers vénéneux
qui fait songer aux Damnés de Visconti.
Jouant le jeu de la séduction avec dimmondes
nazis, elle apparaît comme une de ces femmes
de chair et de sang qui furent tondues à
la libération alors quelle est, en
réalité, une combattante et surtout
une survivante contrainte de réprimer ses
émotions pour échapper à
de multiples et inattendus périls.
Enfin, si Verhoeven avoue, à linstar
de son modèle le cinéaste anglais
David Lean, être plus intéressé
par lhistoire que par les aventures contemporaines,
on notera cependant que Black Book fonctionne
comme un immense flash-back. Le film souvre
et se ferme en effet, en octobre 1956, dans un
kibboutz dIsraël. Une fois encore,
Ellis de Vries redevenue Rachel Stein, épouse
Rosenthal, doit affronter une nouvelle menace
qui lui fait dire : « Ca ne cessera donc
jamais
»
-
Black
Book
Drame (Hollande 2h25) de Paul
Verhoeven avec Carice van Houten, Sebastian
Koch, Tom Hoffman, Halina Reijn, Waldemar
Kobus, Derek de Lint.
- Site
officiel.
Pierre-Louis
Cereja
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