| Troisième
film de Gonzalez Inarritu, « Babel »
est une saga humaniste qui, à travers trois
lieux de la planète, évoque admirablement
lindispensable compréhension entre
les hommes.
En
mai dernier sur la Croisette, personne, vraiment
personne naurait crié au scandale
si la Palme dor était revenue à
Babel plutôt quà Loach et au
Vent se lève. Quimporte, il ne faut
pas être grand clerc pour prédire
quun jour ou lautre, Alejandro Gonzalez
Inarritu décrochera la récompense
cannoise suprême.
Avec Babel (présenté, cest
à relever, en v.o. au Kinepolis de Mulhouse),
le cinéaste mexicain boucle un cycle sur
« la cacophonie des voix humaines »
ouvert avec Amours chiennes et développé
avec 21 grammes. En faisant référence
au mythe biblique de la tour de Babel réputé
être à lorigine du manque de
communication entre les hommes, le nouveau film
dInarritu évoque, dans un récit
éclaté en trois lieux de la planète,
des thèmes aussi divers et passionnants
que la solitude et le manque damour, le
silence et la peur, la clandestinité et
le courage, les médias et le terrorisme,
les pauvres et les riches, le bonheur et les différences
culturelles
Quelque part, dans les montagnes du Maroc, deux
gamins jouent avec un fusil et tirent par inadvertance
sur un car à bord duquel Susan et Richard,
deux touristes américains, sont au bord
de la rupture. Aux
Etats-Unis, la nourrice des deux jeunes enfants
de Susan et Richard, se retrouve traquée
pour avoir illégalement franchi la frontière
mexicaine. Enfin, au Japon, Chieko, jeune adolescente
sourde et rebelle, se heurte constamment et brutalement
aux autres tout en recherchant de laffection
Avec tous ces personnages, Gonzalez Inarritu réussit
à composer une aventure qui tient tout
à la fois de lépopée
poignante et du drame intimiste. On savait, depuis
21 grammes, que le cinéaste excellait à
éclater son récit pour mieux croiser,
in fine, les destinées de personnages qui,
tous, possèdent une vraie profondeur émotionnelle.
Malgré la maîtrise esthétique
ou le brio du montage, Inarritu ne cherche pas
à épater son monde. Laisance,
ici, sert à mettre en lumière une
réflexion, non point sur ce qui sépare
lhumanité mais bien sur ce qui rassemble
les humains. Mais point de prêchi-prêcha
ou de discours gnangnan, Babel a des allures de
thriller, de road-movie ou de saga urbaine nippone
pleine de bruit et de fureur.
A Cannes, le cinéaste disait avoir voulu
tourner un film sur les préjugés
sans émettre dautres préjugés.
Objectif brillamment atteint !
-
Babel
Drame
(USA 2h23) dAlejandro Gonzalez
Inarritu avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael
Garcia Bernal, Koji Yakusho, Adriana Barraza,
Rinko Kikuchi.
- Site
officiel.
Pierre-Louis
Cereja
|