| Grand
maître du roman noir, James Ellroy a signé,
avec « The Black Dahlia », un must du
genre. Brian de Palma sest emparé de
laventure de la malheureuse Élizabeth
Short pour donner un solide polar « vintage
».
Adapter
James Ellroy au grand écran semble être
une évidente tentation pour les cinéastes.
Car le cinéma se nourrit « de filles
et de fusils » et cette matière se
trouve, à hautes doses, dans lécriture
fulminante et foisonnante de lAméricain.
Alors, évidemment The Black Dahlia, le
roman le plus fameux dEllroy !
On aurait pu imaginer David Lynch ou Quentin Tarantino
derrière la caméra mais cest
Brian de Palma qui sy colle et entend bien
montrer quil na rien perdu de sa fameuse
virtuosité technique, lui qui demeure quand
même sur quelques échecs criants
comme Mission to Mars ou Femme fatale.
Justement, des femmes, spécialement fatales,
il y en a tout au long des pages dEllroy.
De grandes vénéneuses, aux lèvres
torrides qui vous font prendre feu dès
quon y touche. Et comment ne pas avoir envie
dy toucher ?
Mais dabord, au son dune trompette
jazzy, Brian de Palma installe son thriller dans
latmosphère à chapeaux mous
du Los Angeles de la fin des années 40.
Dans L.A.
règnent le meurtre, le mensonge, la corruption.
Les politiciens, les caïds de la mafia, les
policiers, tout le monde est ripoux. Linspecteur
Lee Blanchard et son jeune collègue Bucky
Bleichert partagent lamour de la boxe mais
leurs parcours divergeront tandis que lon
découvre, sur un terrain vague, le corps
mutilé de Betty Short, apprentie starlette
et prostituée de survie. Autour de lénigme
criminelle (authentique) de celle quon surnomma
le Dahlia noir, Ellroy a bâti une aventure
policière et sensuelle où il exorcise
son passé.
Grâce à de bons comédiens,
De Palma illustre proprement lenquête
criminelle. Pourtant ce qui est vraiment intéressant,
cest de voir affleurer (mais, hélas,
affleurer seulement), le maelström obsessionnel
qui sempare des deux flics de la Crim. Tandis
que Blanchard, pris par ses démons intérieurs,
succombe vite ; Bleichert, en digne héritier
des personnages incarnés par Bogart, parvient
à conserver une morale. Et sil prend
des accommodements avec la loi, cest sous
lempire des sens. Ce quon lui pardonnera
Car Le Dahlia noir, au-delà de limposante
complexité de son intrigue, parle surtout
de la fascination des femmes à travers
deux parfaites icônes. Lune, noire,
perverse et funeste, lautre blonde marilynesque
en pull angora, les deux incarnant le vice et
la vertu, le cauchemar et le fantasme.
DEllroy, le cinéma avait déjà
tiré les bons Cop (1988) et L.A. Confidential
(1997) tandis quavec De Palma, on reste
un peu sur sa faim. Plus polar « vintage
» que grand thriller halluciné, Le
Dahlia noir arrive cependant à nous hanter
un instant grâce à la beauté
morbide de Betty Short, pauvre petite paumée
du (fallacieux) rêve américain.
-
Le
dahlia noir
Thriller
(USA - 2 h) de Brian de Palma avec Josh Hartnett,
Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Hilary
Swank, Mia Kirschner. Interdit aux moins de
12 ans.
- Site
officiel.
Pierre-Louis
Cereja
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