| Dans
un souffle épique et funeste, « Mémoires
de nos pères » évoque une image
célèbre de la guerre dans le Pacifique
tandis que Clint Eastwood sinterroge aussi
sur lhéroïsme.
Lorsquen
1997, James Bradley contacte différents
éditeurs américains pour leur proposer
lhistoire de son père, lun
des soldats qui planta la bannière étoilée
sur lîle dIwo Jima, on lui répond
notamment que « personne ne voudra lire
un ouvrage sur des vieillards qui pleurent au
téléphone ». Erreur de jugement
! Flags of our Fathers (qui vient de sortir aux
éditions Movie Planet) a finalement dépassé
les deux millions dexemplaires vendus aux
Etats-Unis. Depuis, Clint Eastwood la adapté
pour le grand écran, notant quil
ne tournait pas un « film de guerre »
mais un film sur des hommes dans la tourmente
dune sauvage bataille.
Au cur de Mémoires de nos pères,
il y a une des images symboliques du XXe siècle.
Réalisé le 23 février 1945
par Joe Rosenthal, le cliché montre cinq
Marines et un infirmier de la Navy hissant ensemble
le drapeau américain au sommet du mont
Suribachi, tout juste repris aux troupes japonaises.
Premier
film de Clint Eastwood depuis son Oscar 2005 pour
le magnifique Million Dollar Baby, ce nouvel opus
se préoccupe daller voir lhistoire
cachée derrière la célèbre
photographie. Si pour les hommes qui hissèrent
le drapeau, ce fut un geste presque banal, au
pays, cette illustration de lunité
face à ladversité prit rapidement
un écho héroïque. La photo
devint vite légendaire et captiva le peuple
américain, las dune guerre interminable,
et lui donna des motifs despérer.
En sappuyant sur un trio de comédiens
pas encore très connus, Eastwood (et son
scénariste Paul Haggis) racontent comment
le laconique John « Doc » Bradley,
le timide Amérindien Ira Hayes et le fringant
René Gagnon sont rapatriés, érigés
en héros et livrés à ladmiration
des foules. Leur nouvelle mission : servir leur
pays mais loin du front en vendant les précieux
Bons qui financent leffort de guerre.
Si Mémoires
(coproduit avec Steven
Spielberg) fait parfois songer, pour la cruauté
des combats, au Soldat Ryan, Eastwood ne se contente
pas de souligner latrocité de la
guerre. Avec émotion et sensibilité,
dans un récit éclaté qui
met en valeur la profondeur des personnages, le
cinéaste se penche sobrement sur la notion
dhéroïsme. Promus héros
du peuple, les soldats se sentent mal à
laise dans leur rôle. Sils luttaient
pour leur pays, ils mourraient pour leurs amis.
Pour lhomme devant, lhomme à
côté
-
Mémoires
de nos pères
Drame historique (USA 2 h 12) de Clint
Eastwood avec Ryan Phillippe, Adam Beach,
Neal McDonough, Jamie Bell, Paul Walker.
- Site
officiel.
Pierre-Louis
Cereja
|