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Parlez-moi de mes fureurs et de mes faiblesses
Avec son second film, Zabou Breitman livre une œuvre où se mêlent la comédie de mœurs et une quête magnifique de la nature. « L’homme de sa vie », c’est avant tout du beau cinéma.

Pour ce qu’on en a entendu dire -une troublante attirance entre deux hommes- et en voyant quelques images de la bande-annonce, on se disait que le nouveau film de Zabou Breitman allait avoir un de ces petits côtés naturalistes qui a souvent fait, parfois joliment, l’ordinaire du cinéma « qualité France ». Mais, d’emblée, Zabou Breitman bénéficiait d’un a priori favorable parce que son premier film Se souvenir des belles choses était une évocation très sensible d’une angoissante maladie…
Or, L’homme de sa vie est loin d’être du cinéma naturaliste même si le cadre de l’action, une grande maison familiale dans les superbes paysages de la Drôme, pendant un chaud été, avec une tribu chaleureuse de petits bruyants et de grands avides de farniente, pouvait allègrement s’y prêter.
Comédienne brillamment reconvertie dans la mise en scène, Zabou Breitman, constamment soucieuse de la forme comme du fond, raconte certes des histoires -dont celle, centrale, de l’attirance entre Fréderic et Hugo- mais son film, porté par une belle liberté narrative, est surtout imprégné d’images, d’atmosphère, de sons et de sensations mémorielles. Qu’ils sont émouvants, ces plans sur un papier peint ancien où le soleil dessine ses légères arabesques! Et qu’il est beau, ce rideau vivant dans le vent qui le fait flotter! Pour la cinéaste, rien n’est plus romantique que la célébration de la nature. Justement, c’est face au Vercors, à l’aube, dans un paysage à la sereine quiétude, que Fréderic et Hugo se retrouvent à dialoguer dans une suite de scènes qui constituent l’axe du film. Il est alors question d’amour et de douleur, de la nécessité de se sentir vivant même lorsque l’homme est bancal et imparfait (« La perfection, c’est la mort » dit Hugo), de l’envie de prendre l’autre dans ses bras...
Bien sûr, Zabou Breitman a parfois la symbolique un peu appuyée (le microscope pour observer le microcosme) mais le plus souvent sa caméra est en liberté et sait être magique lorsqu’elle suspend le temps ou qu’elle filme le bref et sensuel face-à-face entre Jacqueline, la grand-mère et le bel Hugo.
L’homme de sa vie doit évidemment beaucoup à son trio de comédiens. Actrice elle-même, Zabou Breitman sait tirer le meilleur de ses interprètes. Ainsi, a-t-elle révélé le fort potentiel dramatique de l’ex-Inconnu Bernard Campan. Son Fréderic, dans ses hésitations et ses balbutiements est singulièrement touchant. Avce son Hugo très physique, Charles Berling est remarquable de tension et de désarroi. Enfin, Léa Drucker, observatrice éplorée de l’endormissement de son couple, est gracieusement pathétique.
« Parlez moi d’moi, y a que ça me donne de l’émoi » dit une chanson du film. Autour de la question de l’identité, Zabou Breitman a tissé une aventure amoureuse grave et fantaisiste bien plus que mode ou « tendance ». Elle poursuit en tout cas le spectateur longtemps après la fin du film.

  • L’homme de sa vie
    Comédie dramatique (France — 1h54) de Zabou Breitman avec Bernard Campan, Charles Berling, Léa Drucker, Jacqueline Jehanneuf, Eric Prat, Caroline Gonce.

  • Site officiel.

Pierre-Louis Cereja

 


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