| Dans
un coin de province auvergnate, un chanteur de bal
vieillissant croise une belle jeune femme. Avec
« Quand jétais chanteur »,
Xavier Giannoli filme tendrement quelques moments
de leur rencontre. Du vrai cinéma populaire.
Quon
naime ou pas Gérard Depardieu, on
est forcé dadmettre que sa présence
à lécran est incomparable.
La première partie de sa carrière
donna loccasion dobserver et dadmirer
la puissance, linventivité, le brio
de son jeu. Puis Depardieu sembla se lasser dun
cinéma français de plus en plus
coincé dans ses contraintes commerciales
et donc privé de ce qui fait la force du
comédien : la liberté, la folie,
la rébellion même.
Or voilà que Depardieu nous revient au
meilleur de son talent. Accueilli avec un formidable
enthousiasme à Cannes où il était
en compétition pour la France (mais oublié
du palmarès), Quand jétais
chanteur propose un Depardieu énorme de
sensibilité et de fragilité. Ce
type est une montagne dénergie vitale
et démotions tendres.
Crooner
vulnérable
Il
incarne, avec une belle pudeur, Alain Moreau,
chanteur de bal, qui croise un soir, Marion, agent
immobilier dont la vie semble marquée par
quelques zones dombre. Demblée,
Giannoli évacue la dimension « sexe
» puisque les deux couchent immédiatement.
Si Marion, effarée, senfuit au petit
matin, elle reviendra vers ce roi local de la
roucoule qui avoue se faire des mèches
blondes et se réfugie, derrière
un faux cynisme, en prétendant que son
métier, cest de faire boire du champagne
aux clients des dancings
Au fil de chansons, toutes interprétées
par Depardieu, de Delpech, Iglésias, Gainsbourg,
Aznavour ou Christophe (dont lapparition,
ici, constitue aussi une surprise du film), se
déroule une aventure sentimentale, touchante
et drôle. Du côté de Royat,
un vieux crooner est flingué en plein vol
par lamour. Comme le chante Iglésias,
le sourire dune femme lattire et le
désarme, pauvre diable vulnérable
Remarqué naguère avec Les corps
impatients qui révéla Laura Smet,
Xavier Giannoli réussit du vrai cinéma
populaire. En se reposant sur des dialogues ciselés,
une bande musicale évidemment attrayante,
des comédiens épatants (toujours
aussi craquante, Cécile de France apporte
une formidable réplique à Depardieu),
le cinéaste sinscrit dans la veine
dun Claude Sautet ou dun Jean Renoir.
Mais surtout ce cinéma populaire nest
jamais populiste. Sur cet Alain Moreau qui, à
bien des égards, est largement ringard,
Giannoli na jamais le regard condescendant.
Mieux, au-delà dun style de vie,
cest de dignité dont il est question.
Quadras et quinquas (et les autres !) foncez donc
voir Quand jétais chanteur
Evoquant le personnage de Mathilde (Fanny Ardant)
dans La femme dà-côté
de Truffaut, Depardieu rappelait à Cannes
quelle se guérissait en écoutant
des chansons damour. Allez savoir si ça
marche. Mais Quand jétais chanteur
reste un sacré bon film.
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Quand jétais
chanteur
Comédie dramatique (France
2006 1h52) de Xavier Giannoli avec
Gérard Depardieu, Cécile de
France, Mathieu Amalric, Christine Citti.
- Site
officiel.
Pierre-Louis
Cereja
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