Aujourd'hui, des familles qui avaient mis tous leurs espoirs dans la circulaire Sarkozy pour obtenir un titre de séjour en France replongent dans les affres des procédures administratives longues et incertaines. Répondant parfaitement à tous les critères de la circulaire (présence sur le territoire depuis plusieurs années témoignant d'une forte volonté d'intégration, enfants mineurs scolarisés et parlant le français, assidus à l'école, bien entretenus, etc.), ils se retrouvent déboutés dans leur demande de régularisation parce qu'ils sont conjoints ou compagnons d'une personne régularisée. Une directive du ministère de l'Intérieur a demandé aux préfets de les exclure du champ d'application de la circulaire, de les renvoyer dans les pays d'origine et de leur proposer d'entamer une procédure de regroupement familial. C'est le cas de Cuma, 35 ans, d'origine kurde, dont l'épouse, Döne, en France depuis 2001, a obtenu des papiers en 2004. Le couple a deux enfants âgés de 9 et 5 ans. Des enseignants étaient présents hier pour témoigner de leur assiduité scolaire, de leurs bons résultats et de la qualité du suivi parental. Le regroupement familial exige de la part du conjoint des revenus réguliers (1250€/mois pendant un an). Döne n'a pas de qualification professionnelle et peine à trouver un emploi stable. Lundi soir, son mari, débouté de la circulaire Sarkozy, a été arrêté dans la rue et placé en centre de rétention à Saint-Louis. Il risque d'être expulsé en Turquie d'ici la fin de la semaine. Son épouse a du mal à parler, c'est une amie qui s'exprime à sa place. « Elle voudrait vivre en paix. Elle n'est jamais tranquille, elle ne sait pas ce qui se passera demain… »
Désemparées
Samira, 39 ans, est une autre naufragée de la circulaire Sarkozy. Cette Tunisienne est en France depuis 2000. La préfecture vient de lui envoyer une lettre l'invitant à quitter le territoire. Son compagnon, divorcé depuis l'année dernière, est aussi le père de ses deux enfants nés en 2003 et 2004. « Je ne peux pas séparer mes gosses de leur père… Je m'occupe aussi des autres enfants de mon mari âgés de 14, 11 et 9 ans et dont il a souvent la garde. Ils s'entendent bien avec les petits. Le père a 56 ans, il travaille dans des boîtes temporaires, comment y arrivera-t-il ? Qui s'occupera des gosses ? Moi-même, j'ai souffert de la séparation d'avec mon père, qui est décédé quand j'étais adolescente. Je sais ce que c'est. » Le 3e cas présenté hier est celui d'Amy, 25 ans, d'origine sénégalaise. Son mari, Mamahdy, est guinéen. En France depuis 1990, il a un titre de séjour régulier depuis de longues années. Il est maçon-coffreur de métier, a travaillé sur des chantiers mais doit aujourd'hui faire une reconversion professionnelle pour des raisons de santé. Ils ont eu ensemble trois enfants nés sur le territoire français, âgés de 4 ans, 2 ans et 9 mois. Suite au rejet de sa demande de régularisation cet été, Amy a reçu un courrier de la préfecture lui rappelant qu'elle était toujours sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière, valable jusqu'au 16 novembre. L'avertissement qu'à tout moment, elle peut faire l'objet d'une arrestation et d'une expulsion. Ces familles sont désemparées, les associations qui suivent leur dossier tentent de mobiliser autour d'elles. « Nous demandons aujourd'hui à la préfecture d'accorder des papiers à ces conjoints, à titre exceptionnel pour raison familiale, dans l'intérêt supérieur des enfants », conclut Maïté Jean, membre du Jid et du réseau ESF.











