Au centre des débats hier matin à la chambre des référés du tribunal de grande instance de Nancy, la diffusion à l'automne par France 3 d'un téléfilm en six parties réalisé par Studio international sur l'affaire Grégory — du nom de l'enfant dont le corps avait été retrouvé le 16 octobre 1984 dans la Vologne, une rivière des Vosges, pieds et mains ligotés. « Nous ne demandons pas son interdiction », a martelé Me Gérard Welzer, défenseur de Marie-Ange Laroche et de ses deux enfants, dont le mari Bernard, un temps accusé de l'assassinat puis libéré, avait été tué en 1985 par le père de l'enfant, Jean-Marie Villemin. « Nous ne sommes pas des censeurs. Nous considérons que le principe de création est très important », a expliqué Me Welzer. Mais le téléfilm, intitulé « L'affaire Villemin », pourrait « violer » le « droit au respect de la vie privée » et la « présomption d'innocence », a-t-il averti. Le téléfilm a été réalisé à partir de deux livres « partiaux », selon Me Welzer : l'ouvrage de Laurence Lacour, journaliste au moment des faits, et celui de Jean-Marie Villemin, « l'assassin de Bernard Laroche ». Marie-Ange Laroche a demandé à la barre de « visionner le film » avant sa sortie, afin de « préserver la vie de (ses) gamins ». « Je ne veux pas qu'ils subissent ce que j'ai vécu pendant 22 ans. Je veux qu'on les laisse tranquille », a-t-elle supplié. « Ce qui est trouble, c'est le refus de la transparence », a estimé Me Alain Behr, l'avocat de Michel Villemin, le frère de Jean-Marie, un temps présumé comme le « corbeau » de l'affaire. « En imaginant que nous puissions visionner la cassette, si aucune infraction n'a été commise, ni diffamation ou atteinte à la vie privée, si on respecte tout le monde, et bien il n'y aura pas de problème », a souligné Me Behr.
Liberté d'expression
Un procédé rejeté par la défense. Il ne saurait y avoir de « contrôle a priori » de l'oeuvre, a insisté Me François Pouget, l'avocat de Studio international. « Cette affaire ne justifie pas qu'on porte une atteinte aussi grave à la liberté d'expression ». L'assassinat du petit Grégory ayant été surmédiatisé il y a vingt ans, « Avons-nous le droit d'en parler, ou pas ? Faut-il soumettre le film à la censure de toute personne impliquée ? » a-t-il poursuivi. « Accepter un visionnage dans ce type de dossier reviendrait à créer un précédent, attentatoire à la liberté d'expression », a embrayé Me Olivier Chatel, l'avocat de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. La date du délibéré a été fixée au 3 octobre.











