L'un des spécialistes allemands de l'histoire du IIIe Reich, l'historien Joachim Fest, est décédé lundi à l'âge de 79 ans. Il était devenu célèbre en 1973 pour avoir écrit une des premières biographies de référence du dictateur Adolf Hitler. Issu d'une famille bourgeoise jamais compromise avec le régime national-socialiste, Joachim Fest, fervent catholique, restera lié au travail de mémoire consacré à la période nazie, « le sujet de sa vie » comme il le disait lui-même, et qui lui valut de nombreuses distinctions. Un autre de ses livres, Les derniers jours d'Hitler (2002), a servi de base pour le film La chute (2004), qui connut un grand succès public en retraçant la fin du dictateur dans son bunker berlinois. Décédé dans sa maison de Kronberg près de Francfort-sur-le-Main, après une longue maladie, Joachim Fest venait de terminer une autobiographie de son enfance et adolescence, Ich nicht (Pas moi), où il dresse un portrait élogieux de sa famille qui a refusé tout rapprochement avec les nazis. Le livre doit sortir le 22 septembre.
Luftwaffe
Le président fédéral Horst Köhler a rendu hommage, hier, à « une personnalité qui réunissait éthique chrétienne et vertu citoyenne, culture profonde et probité intellectuelle, scepticisme conservateur et liberté d'esprit de citoyen du monde ». Le chef du gouvernement régional de la Hesse, le chrétien-démocrate Roland Koch, a déploré la perte « d'une grande voix intellectuelle ». Contre l'avis de son père, Fest s'était engagé dans la Luftwaffe pour, a-t-il expliqué, échapper à un enrôlement dans les SS, au contraire de l'écrivain de gauche Günter Grass. Il n'a jamais été membre non plus des Jeunesses hitlériennes. Joachim Fest fut cependant critiqué par quelques-uns de ses pairs, notamment pour ses travaux sur l'architecte particulier d'Hitler, Albert Speer. Le chercheur Götz Aly accusa ainsi l'auteur de Speer, biographie du ministre de l'Armement et de l'architecte particulier d'Hitler (1999) d'avoir minimisé le rôle de Speer dans la « solution finale ».
Journaliste
Joachim Fest était aussi un grand journaliste. Il fut rédacteur en chef de la radiotélévision publique Norddeutscher Rundfunk de 1963 à 1968, puis codirecteur des pages culturelles du grand quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung (1973-1993). Aimant les joutes intellectuelles, il s'opposait souvent aux milieux de gauche sur l'analyse du phénomène nazi. Il fut brièvement député régional de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) à Berlin, mais cet « engagement politique était une voie erronée, je n'étais pas à ma place », a reconnu celui qui considérait Konrad Adenauer (CDU) et Helmut Schmidt (social-démocrate) comme « les deux chanceliers les plus importants de la République » fédérale d'Allemagne. Avec son épouse Ingrid, qu'il a épousée en 1959, il a eu deux fils, dont Alexander Fest, directeur des Éditions Rowohlt.
Joachim Fest.Photo AFP











