Les sept policiers renvoyés devant la cour d'assises de Paris appartiennent à la même Compagnie républicaine de sécurité (la CRS 7 de Deuil-la-Barre dans le Val-d'Oise) que dix CRS placés en garde à vue hier dans le cadre d'une enquête sur des rackets présumés dont auraient été victimes des chauffeurs de taxis parisiens (voir l'article ci-dessous). Le juge d'instruction Marc Sommerer a signé, dès le 16 mai, une ordonnance de mise en accusation renvoyant devant les assises trois policiers pour « viols aggravés en réunion par une personne abusant de l'autorité conférée par ses fonctions » et quatre autres pour complicité. Tous sont en liberté sous contrôle judiciaire. La date du procès n'est pas fixée. Les faits sont passibles de vingt ans de réclusion criminelle.
L'enquête confirme l'authenticité des faits
Ces viols avaient été portés à la connaissance de l'Inspection générale des services (la police des polices) par des associations en lien avec les prostituées. Ils avaient fait l'objet d'une enquête interne qui a conclu à leur authenticité. Devant la gravité des accusations, le juge d'instruction a fait rechercher l'une des victimes, qui avait quitté la France, pour obtenir son témoignage. Celle-ci, une Albanaise de 26 ans, est partie civile dans le dossier. Les autres victimes, au moins quatre autres prostituées, ont disparu après les faits par peur des policiers et n'ont pas pu être retrouvées. Le 8 avril 2003 vers 22 h, une voiture de police sérigraphiée s'arrête à la hauteur d'une prostituée, sur le boulevard Ney (Paris XVIIIe). Prétextant un contrôle, deux policiers en uniforme munis de leur arme de service, embarquent la jeune femme pour, disent-ils, la conduire au commissariat. Le récit qui suit est la version de la prostituée, rapportée par les associations. -Pourquoi me contrôlez-vous et pas ma voisine ?, demande alors la jeune femme. « Parce que tu es belle », répond le policier, selon la prostituée. Le véhicule, dans lequel flotte, dit-elle, une forte odeur d'alcool, emprunte l'autoroute A1 jusqu'à un terrain isolé de la plaine Saint-Denis, où les policiers la contraignent à des relations sexuelles pour pouvoir récupérer ses papiers. « Je fais pour toi petite surprise, tu fais pour moi petite surprise », aurait dit l'un des policiers à la victime en brandissant ses papiers. La prostituée est ensuite ramenée à son point de départ. Vers 3 h du matin, les deux hommes accompagnés d'un autre collègue, abordent deux autres prostituées sur le même boulevard. Ils les conduisent au même endroit et les contraignent à des relations sexuelles après leur avoir confisqué leurs papiers. Mais lorsque deux des policiers décident d'imposer aux femmes des relations entre elles, l'une tente de prendre la fuite. Elle est rattrapée et embarquée de force dans la voiture. S'apercevant que leurs agresseurs ne les ramènent pas à Paris, les deux femmes paniquent et sautent de la voiture en marche. Elles sont recueillies par un chauffeur routier.
Pressions morales directes
Les trois policiers ont reconnu lors de l'enquête avoir eu des relations sexuelles avec les prostituées. Ils ont expliqué avoir obtenu la gratuité des prestations, soit par des pressions morales directes, soit par l'utilisation en toute connaissance de cause des attributs de leurs fonctions, selon l'IGS. Pour se justifier, l'un d'entre eux a relaté des faits similaires impliquant quatre autres de ses collègues de la CRS 7, qui sont également poursuivis.
Pour le « plus vieux métier du monde », la nuit est pleine de périls.Photo Jean-Marc Loos











