Les amabilités entre Washington et Damas sont rares. Il n'en est que plus remarquable que la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice ait exprimé hier sa « gratitude » au gouvernement syrien pour le rôle joué par les services chargés de protéger l'ambassade des États-Unis à Damas. Au prix de la vie d'un de leurs agents, ces services ont, selon toute apparence, fait avorter l'attaque à la camionnette piégée qui visait les diplomates américains. L'explosion du véhicule chargé de bouteilles de gaz, elles-mêmes entourées d'explosifs, aurait pu provoquer un carnage analogue à ceux qui ont déjà ensanglanté Bagdad. Les images de la machine infernale, montrées par la télévision syrienne, révèlent un travail de professionnels. Le pouvoir syrien ne manque pas de souligner qu'il a rempli ses devoirs envers la représentation diplomatique américaine, conformément à la Convention de Genève. Face au terrorisme, il se proclame ainsi irréprochable. Si l'on reprenait à son compte la thèse de la manipulation — celle que certains auteurs et leurs lecteurs appliquent à la tragédie du 11-Septembre — on se risquerait à insinuer que l'attaque de Damas pourrait être l'oeuvre des stratèges locaux s'efforçant de redorer l'image d'un régime que Washington a rangé dans « l'axe du Mal ». Plus près de la réalité, la Syrie fait peut-être la même expérience périlleuse que l'Amérique. Celle-ci a autrefois utilisé Ben Laden pour bouter les Soviétiques hors d'Afghanistan. À la faveur de cet appui de circonstance, le chef terroriste a tissé sa toile et aiguisé ses ambitions. Avant de se retourner contre ses anciens soutiens. Damas risque à son tour d'être confronté à des hors-la-loi d'autant plus entreprenants qu'ils ont bénéficié de beaucoup de latitude et de complaisance.











