La traditionnelle soirée d'ouverture au Grillen n'aura laissé en reste que ceux qui n'ont pu obtenir de billets gratuits (distribués en moins de deux heures) : à en juger par sa qualité, elle avait tout d'une grande. À l'image de la grande dame de la soirée, Géraldine Laurent. On l'annonçait comme « la » grande révélation de l'année, on la comparait aux plus grands : le moins que l'on puisse écrire est qu'elle soutient la comparaison. Quel souffle ! D'emblée sur un thème de Cole Porter, elle communique sa surprenante énergie à une salle qui n'en attendait peut-être pas tant. Plantée sur la scène, elle se dandine à tout rompre, sort « le » son et en joue d'une maturité exceptionnelle à seulement 31 ans. Dans différents registres en exhumant des standards « plus ou moins connus », Géraldine Laurent a montré l'étendue de son talent, et a cloué le bec — dans la bonne humeur — à qui voulait bien l'écouter (lire ci-contre). Il serait malvenu d'oublier sa rythmique, qui a fait preuve d'une belle maîtrise et d'une débauche d'énergie considérable : le bien nommé Laurent Bataille à la batterie (parfois à mains nues), et le fougueux Yoni Zelnik à la contrebasse. En première partie de soirée, l'Alsacien Marcel Loeffler s'est approprié le célèbre mot d'ordre (« Chauffe, Marcel, chauffe »), et a démontré (si besoin en était) qu'il avait lui aussi du coffre et de la classe. À l'aise dans les standards de jazz manouche, de New Orleans comme dans les berceuses, il sait aussi s'effacer et mettre en valeur ses accompagnateurs et ses invités. Le micro de l'inusable vibraphoniste Jean Bernard ne s'en est pas remis.











