Sa détention pendant près de trois ans par des rebelles tchadiens avait été un des faits les plus marquants de la France des années soixante-dix : l'ethnologue et archéologue Françoise Claustre, retournée dans l'anonymat dès sa libération en 1977, est décédée dimanche à l'âge de 69 ans à son domicile de Montauriol (Pyrénées-Orientales). Spécialiste de préhistoire et de protohistoire africaine, Françoise Claustre intègre le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1966 à Paris, où elle devient attachée de recherche au laboratoire d'archéologie et d'anthropologie tchadienne et camerounaise. Le 21 avril 1974, alors âgée de 37 ans, elle est enlevée lors d'un raid mené par des rebelles de tribus nomades conduits par Hissène Habré et Goukouni Weddeye, en compagnie d'un médecin allemand, le Dr Christophe Staewen, et l'adjoint du mari de Mme Claustre, Marc Combe. L'Allemagne négocie la libération rapide de son otage. Mais les tractations avec la France, ancienne puissance coloniale, sont tortueuses et marquées notamment par l'assassinat d'un négociateur, le commandant Pierre Galopin. L'époux de la captive, Pierre Claustre, est à son tour fait prisonnier le 26 août 1975. Ce n'est que le 1e r février 1977 que le couple est libéré à Tripoli. L'anthropologue ne s'était jamais vraiment remise de sa captivité, selon le photographe et cinéaste Raymond Depardon, qui l'avait interviewée pendant sa détention : « Au bout de 33 mois, elle n'en pouvait plus. Elle m'a dit "Si je m'en sors, je vous invite dans un grand restaurant parisien", ce qu'elle a fait quinze jours après sa libération. Ce qui l'a sauvée, lors de sa captivité, c'est d'être restée avec les femmes. J'ai toujours pensé que les femmes ont agi pour qu'elle soit libérée. » Après sa captivité, Françoise Claustre avait intégré le Centre d'anthropologie des sociétés rurales à Toulouse. Depuis 2002, elle était directeur de recherche émérite, statut qui permet à un chercheur de poursuivre ses activités tout en étant officiellement à la retraite.
Françoise Claustre (au centre), à son retour à Toulouse le 1e r février 1977.Photo archives AFP











