Au sein du groupe parlementaire UMP, les effectifs des opposants au projet de privatisation de Gaz de France ont fondu comme neige au soleil durant l'été. Ils ne sont plus qu'une cinquantaine d'irréductibles, et ce devrait être insuffisant pour empêcher le vote de la loi, même si les indécis sont encore nombreux. Celui qui a fait basculer le rapport des forces est Nicolas Sarkozy. En changeant son fusil d'épaule le 15 août, quand la France pensait à autre chose, le ministre de l'Intérieur a appliqué la rupture… avec la loi qu'il avait lui-même fait voter en 2004. À l'époque ministre des Finances, il avait promis que la part de l'État dans le capital de GDF ne descendrait pas sous les 70 %, et il avait fait graver cet engagement dans le marbre législatif. Un marbre qu'il accepte de voir casser aujourd'hui. Sa crédibilité est la première victime de ce débat qui s'annonce brûlant. Et il y en aura d'autres. Bien qu'ayant finement manoeuvré pendant l'été, le gouvernement n'aura pas la partie facile. Il lui faudra naviguer à vue, entre les exigences de sa majorité qui craint, comme tout le monde, qu'une privatisation de GDF n'ouvre grand la voie à l'augmentation du prix du gaz, et Bruxelles, qui a posé des conditions très libérales à la poursuite du scénario : la fusion GDF-Suez. Car c'est bien dans cette optique que la loi est proposée au vote. Le gouvernement se heurte également à l'opposition de l'UDF et à une bataille de tranchée engagée par la gauche, qui a déposé plus de 137 000 amendements. Le record n'est pas vraiment des plus réjouissants, car il risque de faire des dégâts. PC et PS veulent obliger le gouvernement à passer en force, pour mieux crier au loup quand Dominique de Villepin dégainera l'article 49-3 de la Constitution. Merci d'avance pour le spectacle… On apprend aux enfants à ne pas jouer avec les allumettes, surtout en présence de gaz. Quand les politiques se souviendront-ils de ces leçons de bon sens ?











