Deux personnalités politiques semblent tirer leur épingle du jeu de la crise du CPE : Nicolas Sarkozy à droite et Ségolène Royal à gauche. Le président de l'UMP réussit un tour de force en arrivant à faire oublier qu'il est à la tête du parti qui a voté, seul, la loi tant controversée. Il passe aujourd'hui pour un allié objectif des syndicats alors qu'il se prononce pour la flexibilité. Et c'est bien le premier chef de la police qui n'est pas la cible première des manifestants ! Tout semble lui sourire, mais la chance n'y est pour rien : Nicolas Sarkozy récolte les fruits d'un travail de longue haleine, basé sur « le parler neuf ». Il a rompu avec le langage convenu des dirigeants de tous bords qui se succèdent depuis 25 ans à la tête du pays. Même s'il n'a jamais mené une politique vraiment différente de celle de ses prédécesseurs, place Beauvau et à Bercy, son style paie. Ségolène Royal joue dans le même registre. Elle est socialiste et le proclame. Mais elle n'hésite pas à s'éloigner des positions de son parti sur des sujets comme la famille. Elle n'a pas peur de faire hurler les gardiens du temple de la gauche française en vantant les mérites de Tony Blair. Nicolas Sarkozy a laissé au vestiaire les complexes de la droite ? Elle se débarrasse des complexes de la gauche sur l'ordre, la sécurité, la morale.
“ Ségolène Royal ménage le suspense en publiant son dernier livre par chapitres mensuels sur internet. C'est une façon de se rapprocher du pied du mur à petits pas. Mais un jour elle y sera… ”
Pour elle comme pour son peut-être futur rival, le CPE peut être un tremplin. S'il fait un sans-faute, Nicolas Sarkozy sera celui qui aura sorti la France de la crise. Quant à Ségolène Royal, elle refait, après François Mitterrand, le coup de la force tranquille, le sourire en plus. « Ma préoccupation est de remettre un ordre juste dans ce pays, une sécurité durable, de retirer ce pays vers le haut », a-t-elle lancé hier soir sur TF1. L'un et l'autre savent que la France aspire au calme, l'un et l'autre mettent le social au premier plan de leur discours. Au-delà des grandes incantations sur le chômage que l'on retrouve dans la bouche de tous les hommes et femmes politiques, ils parlent de la vie de tous les jours. Et c'est ce qui plaît. Mais les bonnes paroles sont, aussi, fragiles, et le tremplin peut se révéler glissant. Nicolas Sarkozy s'est emparé, d'autorité, du volant gouvernemental. Il a une obligation de réussite. Ségolène Royal, pour sa part, ne pourra pas repousser indéfiniment la publication d'un programme. Elle ménage le suspense en publiant son dernier livre par chapitres mensuels sur internet. C'est une façon de se rapprocher du pied du mur à petits pas. Mais un jour elle y sera…











