Depuis plusieurs années, la polémique fait rage parmi les historiens et les passionnés du Premier Empire entre ceux qui croient que Napoléon 1er est mort empoisonné à l'arsenic et les tenants de la thèse du cancer de l'estomac. Les récentes analyses effectuées dans un laboratoire de la banlieue strasbourgeoise font pencher la balance pour la première hypothèse. En effet, le Dr Pascal Kintz, toxicologue, qui avait déjà effectué une recherche d'arsenic dans une mèche de cheveux appartenant à l'empereur, en 2000, a reconduit une série de tests, beaucoup plus fins, lui permettant de confirmer la théorie criminelle.
“ Napoléon a bien absorbé de l'arsenic type mort aux rats, et on se trouve donc dans un contexte criminel ”
« Nous avons reçu deux nouvelles mèches de cheveux (*) de l'empereur sur lesquelles nous avons procédé à l'analyse de plusieurs substances. Outre l'arsenic, nous avons recherché des traces d'antimoine, de mercure, de plomb et une trentaine d'autres métaux ou métalloïdes. » Les résultats confirment les analyses précédentes du Dr Kintz. Des concentrations importantes d'arsenic, plus de 40 fois supérieures aux concentrations normales, ont été retrouvées dans les cheveux, ce qui indiquent une forte intoxication. Plus intéressant, une technique d'analyse permet aujourd'hui de faire la différence entre l‘arsenic organique inoffensif apporté par l‘alimentation (poissons, crevettes, fruits de mer) et l‘arsenic minéral (mort aux rats) très toxique. Le laboratoire de Pascal Kintz (lire ci-dessous) a montré que l‘arsenic accumulé dans les cheveux de Napoléon est de type minéral. « Napoléon a bien absorbé de l'arsenic type mort aux rats, et on se trouve donc dans un contexte criminel », souligne le toxicologue. Et d'ajouter : « Les tenants de la thèse du cancer de l'estomac appuient leur théorie sur le fait que l'empereur a perdu entre douze et quinze kilos dans la dernière année de sa vie. Mais l'arsenic est anorexigène — c'est un coupe la faim — ce qui peut expliquer cette perte de poids ». Mais comment savoir si les mèches de cheveux, fournis par deux sources différentes, sont bien celle de Napoléon 1er ? En recherchant d'autres substances, dont on sait par les écrits d'époque, qu'elles ont été données à l'empereur. Les analyses complémentaires ont ainsi montré une quantité importante d'antimoine, de mercure et surtout de plomb dans les cheveux testés. « L'antimoine était donné à l'empereur comme émétique, pour le faire vomir, explique Pascal Kintz. À cette époque, on pensait que ce type de remède était indiqué pour soigner les maux dont il souffrait. Le mercure était administré sous forme de chlorure pour ses propriétés purgatives. Et le plomb servait à adoucir le vin dont Napoléon était un gros consommateur. » Dans les deux échantillons de cheveux, les proportions de chacune de ces substances sont sensiblement les mêmes, « ce qui renforce l'idée qu'il s'agit bien des cheveux de Napoléon. Car la probabilité de trouver chez une autre personne le même échantillonnage de substances connues pour avoir été administrées à Napoléon est très faible ». Si ces dernières analyses tendent à démontrer la validité de la thèse criminelle dans la mort de Napoléon, elles ne permettent pas d'identifier l'auteur ou les auteurs de cet empoisonnement. Les historiens ont donc encore une enquête à mener… Napoléon « était dans un mauvais été général, conclut Pascal Kintz. Une défaillance cardiaque s'est ajoutée à l'intoxication à l'arsenic. Ce dernier n'a été qu'un cofacteur d'une défaillance multi- factorielle ».











