Quatorze ans après leur mort, les volcanologues haut-rhinois, Katia et Maurice Krafft, se préparent à revivre sur un site internet entièrement dédié aux extraordinaires images qu'ils ont recueillies, en l'espace d'une vingtaine d'années, sur quelque 150 volcans en activité. « Il s'agit d'une vitrine destinée à présenter, le plus largement possible, le fonds Krafft, en résumé un site officiel visant à valoriser ces images », explique Serge Necker, le directeur du Conservatoire régional de l'image ( CRI ) à Nancy, qui a mis sur pied le site internet, à la demande des ayants-droit des Krafft. Volcanologues infatigables, les époux Krafft ont, entre 1970 et 1990, réuni l'un des plus beaux fonds iconographiques du monde sur les volcans : pas moins de 300 000 diapositives et 800 heures des films, tournés en 16mm. « Leurs bagages étaient toujours prêts, ils étaient capables de partir dans les trois ou quatre heures suivant un appel ou un fax », se souvient Bertrand Krafft, le frère aîné de Maurice, qui vit dans la banlieue nancéienne. La passion de Maurice pour les volcans prend naissance lors de vacances familiales sur les pentes du Stromboli en 1956, alors qu'il n'a que 10 ans. Elle ne le quittera plus, bientôt confortée par celle de Katia, qu'il rencontre sur les bancs de la faculté à Strasbourg et qui deviendra sa femme en 1970.
«The volcano devils»
« The volcano devils » ( Les diables des volcans ), comme les surnomment les Américains, deviennent rapidement incontournables, établissant des contacts étroits avec la communauté scientifique internationale, tout en défendant jalousement leur indépendance. Pour financer leur projets, il écrivent une vingtaine de livres, traduits dans une dizaine de langues, réalisent cinq grands films mais surtout organisent d'innombrables conférences, réunissant quelque 4 millions de personnes au total. Dès qu'une éruption se produit à travers le monde, le couple se précipite, Katia avec son appareil photo et Maurice avec sa caméra, pour témoigner sans relâche sur les mécanismes volcaniques mais également les dangers encourus par les populations locales. Leur aventure s'achève brutalement le 3 juin 1991 lorsqu'ils disparaissent dans une nuée ardente qui dévale le volcan Unzen au Japon, tuant 39 personnes au total, principalement des journalistes japonais. Leur bibliothèque ( comportant quelque 600 ouvrages rares sur les volcans ) tout comme leurs gravures et tableaux font l'objet d'une dation à l'Etat tandis que leurs héritiers, le père et le frère de Katia, les parents et le frère de Maurice décident de conserver le fonds iconographique.
Faire revivre leur mémoire
En 2002, Bertrand Krafft confie le fonds au CRI de Nancy, une association créée pour collecter, sauvegarder et valoriser des images, avec l'aide des collectivités territoriales, et la promesse de création d'un site internet. « Il était urgent de créer ce site pour faire vivre la mémoire de Maurice et de Katia, mais aussi pour respecter un de leur grand principe qui consistait à mettre gratuitement leurs images à la disposition des écoles ou des expositions à but non lucratif », explique-t-il. Pour les autres, CRI et ayants-droit se partageront les recettes des images vendues à parts égales.
Photo AFP/Centre régional de l'image de Nancy
Une image d'archives de Katia et Maurice Krafft prise lors d'une éruption au Piton de la Fournaise sur l'île de La Réunion.











